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22/03/2014

Choeur / Comète

Snàporaz, le personnage joué par Mastroianni,dans la Cité des femmes a dû mal à s’en sortir, de toutes les présences cumulées de voix féminines. Avec un début de mystification, il passe à l’anarchie d'exagérer lui aussi d’être au milieu de la confusion. Fellini filme la dispersion du son provenant de toute part, redoublant d'étrangeté de par le doublage. Précis dans l’amalgame, et non dans le brouhaha, c’est un choeur de femmes, ensorcelant un cours du temps. Dans toutes ces femmes de Bergman, il y aussi un choeur, un musicien vit au centre d’un sérail admiratif. Le regroupement décuple chez Fellini des entrées de champs imprévues, des pertes de sources sonores comme si le rêve contaminait une perdition de réel; il s’altère chez Bergman de tons des dysharmoniques, puisque la jalousie et les rivalités s’invitent dans le flot de paroles. Néanmoins il est encore choeur, ignorant pour l’heure l’informe esprit de corps des sociétés à réduction manageriale, la tautologie dupliquée aux mots d’ordre. Dans le film de Bergman, il y a l’idée de musique dans la musique même au milieu des effondrements. Quand une voix se dégage, on ne sait pas s’il s’agit d’un moment émergeant d’un choeur momentanément, ou d’une voix qui s’en descelle individuellement à un autre reflet même inconnu dans la relation. Le choeur est cruel, en se constituant en regard aux multi facettes dont un «masculin» fait les frais, sourire en coin. Il est vrai que quand les femmes sont plusieurs et d’accord, ce n’est pas le même «son de cloche» et que le film choral, polyphonique, mérite alors bien son nom, un concert labile.

 

Dans Arrête ou je continue, Pomme (Emmanuelle Devos) parait quitter ce choeur, une solidarité, et même la relation d’amitié qui peut encore la lier (au personnage joué par Anne Brochet) tellement elle est sur cette orbite de maladresse qui la sépare des autres, une comète qui passerait de lieu en lieu, mais se signalant par des traces d’effacement, des reculs, des coupures de sons. L’actrice transfigure une gaucherie résiduelle en séduction. On l’avait vu récemment isolé dans un univers sclérosant, dans une banlieue étouffante d’apathie assourdie et de violence soudaine turgescente d’un sans gène (la vie domestique). Elle était ce regard hagard dans le périurbain. Le monde en place, et elle ailleurs. Un peu comme si un personnage de série n’avait pas totalement segmenté la fiction de l’aplomb d’un réalisme aphone. Dans le film de Sophie Fillières, son personnage porte le film. Au gré la bande annonce, on pensait découvrir dans son revirement, une immersion dans la nature, une fuite sans repère après une énième dispute avec le compagnon. Mais la nature ne sera pas l’altérité, ne rattrape pas le sens du nécessaire. Pomme traverse les plans, en étant jamais raccord avec une intériorité de la scène. D’où des séquences très fragmentées sans suite: elle se dit pianiste au milieu d’un groupe de musicien, prend le pseudo de Gena Rowlands espérant échapper aux questionnements d’un conducteur taiseux avec le manque de bol qu’il soit sensibilisé à la grande actrice pas sans rapport avec Emmanuelle Devos... Les représentations lui font défaut, y compris dans le rapport à l’amour, dans cette scène où elle semble échapper à la considération, les portes d’un bus se refermant, lorsque l’indifférence muette l’emporte. Sa maladresse est celle de l’esprit ailleurs, déjà parti, à se presser la main avec un presse agrume. Avec cette façon terrible d’accuser le coup tout en le faisant partager étreignant la poitrine, comète «à rebours» d’être dans l’ornière (de la forêt, du temps), plus que dans le corps du monde, mouvements cinématographiques du regard, du déjà trop loin particulièrement résonnant. D’une distraction à une indifférence qui fait des ravages, les rôles choisies balisent les traces d’un esseulement, le cadre d’un effacement. Dysphorie d’une sollicitude «fatale» dans les encoignures, dans les chutes. Allongée sur un tas de bûches, reprendre pied est aussi malaisé que de s'allonger et c’est dans ces scènes comme un «protocole» que les divergences ne se rattacheraient plus au choeur organique, ni ne sombreraient à l'état léthargique, mais d’une glissade participeraient d'une autre trajectoire particulièrement amère, sensible d’une solitude. 

 

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