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02/04/2014

Brumes / Fumées

La réminiscence garde ces ambiguïtés. Une enfance se signale dans ses coins à rêver et dans ses coins à se faire peur, profitant des replis, de l’encoignure, des mouvances du disparaitre. Il y avait une bicoque, au milieu d’une clairière dans une forêt de pins, adjacente à une périphérie, une bicoque aux vitres cassées et au noir si sombre qu’elle était peu engageante à un caractère peu aventureux. Elle était le lieu d’un manifeste autre. Une maison abandonnée à la Charisma, battue par une soudaine modulation du vent, et aux signes étranges et indéchiffrables. Kiyoshi Kurosawa prépare à une nouvelle introduction dans certains lieux, par le son et l’image, quand il introduit des doutes sur des présences aux frontières de dimensions moins discernables, de Charisma à son dernier Real. Il fait entrer, dans quelques plans, un changement de lumière et de densité sonore, il apprécie articuler des ombres à ce qui va ouvrir une séquence sur une durée qu’il décide à l’étrange des sources imprescriptibles. Et une fois que la frontière a été approchée, une fascination est tenue, par un personnage à une léthargie, à s’assoir avec ces aléatoires sensitifs, allant parfois jusqu’aux non vivants, ces «zombies philosophiques» (Real) que notre esprit créerait en substance, pour substance de discerner de l’ombre une réalité altérée, altérable à une retrouvaille incertaine. Curieusement, les personnages paraissent faire le vide, le point, s’allonger au milieu de ce qui est habituellement de l’ordre de la peur, la chambre noire hantée, remplie d’eau en poussant une porte. C’est avec cette part qu’ils composent, plus qu’ils ne luttent, à faire le lien à une histoire pas totalement évidée. Une tête enfouie et ce qui se volatilise des perceptions incertaines.

 

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Kurosawa filme la ville depuis plusieurs années. C’est un réalisateur qui a de l’urbanité saisit des traits épuisés. Un urbain d’ambiance, quand le regard hagard vaque dans un appartement où la lumière artificielle et les composantes de verdure tissent avec le vent les ombres sur des murs, sur des voiles qu’on ignorait depuis le stalker, membranes du temps, traversées par un embouteillage de présences disparues et hallucinatoires dans une sensation entre faux reflet et signes douteux. Urbain aussi et surtout dans le rapport à l’urbanisation, avivé de toutes les planifications urbaines échouées, c’est à dire dans les dérives des complexes économiques à tout bétonner en surenchère, à ravaler une nature à son exploitation, à défricher en perte de mémoire à faire surgir de l’informe au coin de la rue en un retour de bâton. Le père d’Atsumi, ilien constatant le vaste commerce dont son ile est l’objet, reproche au garçon venu de la ville, devenu grand, de n’avoir pas senti au moins personnellement le mensonge qui se tissait derrière le projet futuriste de construction de son propre père. Une culpabilité non exprimée, non exprimable, devient le motif d’un travail de sape de la mémoire. Les immeubles, d’un simple environnement d’une vue, se teintent d’un élargissement du champ mental, rongés d’un lancinement interne pour le personnage, à être atteint de toute l’irréalité, pas tant moralement par rapport à une idée de justice, que par un fort sentiment que développe ce jeune adulte de culpabilité à l'égard d’un monde existant sous une forme. La culpabilité multiple s’enfouit sous le dessin, l’art des mangas, exutoire à une complexité, à ce qui dépasse, par une création délivrant des présages non clairement identifiés, lourdement ancrés de corps touchés par la mort indistincte. Le dessin se nourrit d’une faute non clairement déterminable, une tâche sur une idée d’humanité, débordant la bulle à remplir l’espace de l'écran. Et c’est là, l’autre aspect de la ville, une réalité dont on aurait perdu le fil qui se brouille, plus vraiment exprimable seulement par la conscience, partant sensiblement de l'indistinct, de l’illisibilité de l’informe, des corruptions aussi physiques, des croissances trop rapides, des hallucinations (mouches vertes sur un dessin, sur le corps d’un dessin). L’animalité surgissant à la façon d’une fable dans Real, est archaïque, menaçante de sa forme inattendue. Le mythe de la force et de la vaillance des emblèmes des cités est palot face à l’insinuation de dérèglements naturels, des interférences et des blessures irrémédiables du mental, l’impossibilité même de voir un environnement dans une logique, un raisonnement, et plus largement la perte du visible. Les brouillards sont les limites des champs mentaux, une impasse n’est pas qu’une impasse de situation. Alors, il y a ce très beau plan d’immeubles qui se volatilisent, semblable à celui du début de Patema, lorsque les cubes s’envolent et qu’une sous humanité va devoir faire ce qu’elle peut pour survivre, pour vivre sa divergence à la gravité normale. Real stupéfie en ce que l’image de la mort est approchée à une disparition du visible, littéralement dans la perte de substance qu’un effet visuel accompagne jusqu'au bout des bras ballants, mythique dans une autre image de la barque s’en allant, aussi dans l’animal préhistorique qui viendrait chercher une proie, qui la tirerait vers le fond. «A la ville la vie, à nous la mort» (Calet). Mais est-ce vraiment la mort qui est fixé dans les yeux? Si l’on suit l’explication du médecin du film, cette mort résulte d’‘images dans la zone inconsciente, non émergée, celle qui se trame en deçà du comportement, et c’est cette zone qui est vécue par les protagonistes, qui n’ont pas le désir de mourir, plutôt d'élucider, de fuir ces visages zombies de cire, ou ces enfermements et dédales impasses de cases internes. Peut-être que les deux personnages pataugent dans un malentendu, mais ils se chargent aussi de l’inconscience, de toute son indistinction, pour naviguer à l’aveugle vers une ressource à la Sénèque, d’éclaircir de leur inconscient des non dits, des oublis, des poids d’existence, entre eux et face au monde, aux justifications, aux postures même finalement excusées de ce père victime d’un système. La réalisation axe sur ce paradoxe de rendre à une réalité affective des mises en relation impalpables, en dépassant sa trame purement scientifique au départ. Et par un contact, même artificiel, de l’esprit, l’enfouissement dans une zone profonde, différente des drogues par le self control qu’il faut démontrer à rester maitre d’un cours, il soit question d’un être ensemble, même infime du plus loin, du souvenir et de la culpabilité latente, pour le film mettant en balance un amour, à ce titre, le film étant un grand film d’amour inquiet et éperdu d’absolu. Au point que les amants paraissent se chercher à l’infini, dans des occasions que leur donnerait un scénario d’explorer d’étranges impasses épuisantes, de l’impression naturelle d’un bonheur rendue seulement vivable que si il y a extension comme une condition d’existence nécessaire, à toute la zone du cerveau reconnue, «quiconque aime la vie avec prudence, est déjà moralement mort, car sa force vitale la plus haute, qui est pouvoir la sacrifier, s’atrophie, tandis qu’il en prend soin» (Emmanuel Loi citant Kleist).

 

 

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