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13/04/2014

La descente

On avait quitté Nathalie Quintane après une conférence mémorable, la seule qu’elle devait faire de son existence selon son engagement, et après qu’elle eut annonçé un nouvel ouvrage dont elle distillait quelques pistes, «interviewer des morts, et transmettre de façon non autoritaire», d’aucun point de vue institué. On l’avait quitté profondément séduit, par sa «personne», son charme, son humour. «Personne», c’est ce qu’on avait eu l’impression de croiser et sur ce quoi il nous est donné, dans cet attendu Descente de médiums, d’assister au procès d’apparition, points de tension et d'émergence entre personne et personnage de roman, de fiction, de films puisque ces mots reviennent souvent dans l’ouvrage, indubitables d’un cours de l'expérience qui aurait chuté, et que l'éclatement des catégories introduirait à des rapports d’incidence. Exactement de la manière avec laquelle elle avait mené la conférence, Nathalie Quintane bâtit ces linéaments de pensée à partir de l’existant, une sortie avec sa classe, une exposition dans un centre. Touchée, curiosité aux aguets, elle essaie d’en savoir plus et surtout de placer une écriture en regard des choses traversées. Ainsi, il y a bien des personnages, comme dans des romans, mais quand le film ou le livre se fait autre chose qu’une trame de scénario, le réalisme d’une personne ne s’arrête plus au constat des formes évanescentes. «Quelqu’un qui ne se considère pas lui-même comme lui-même est une personne». Une biographie lue d’un photographe devient une résonance intime dans l’admiration qu’elle provoque, dans la fascination qu’elle exerce de vie menée à hauteur. Des songes sésames d’intensité ne sont plus des objets à se délecter mais constituent cette matière qui fait oublier les exactitudes et créent de curieux montages d'éléments épars en divergence de leur source, à une lumière inopportune avec des particules grammaticales dans le texte comme autant de micro chocs. L’auteur tente une biographie mais toujours dans le rapport à sa vie actuelle, avec ce que la recherche et la citation impliquent au plus proche d’un jour soustrait de la sorte à sa neutralité générale. Des bribes de biographie hétérogènes sont sondées à la mouvance personne/personnage, la fiction prenant quelque fois la forme de couper le document à un jonglage de phrases imbriquées mêlant les deux, très comique d’un sentiment emporté. Ces sens dérivés sur des fractures de textes et d’images, l’auteur le joue à son extrême à une voix emporté, et comme le livre parait assez vite après la conférence, au point qu’on en mélange la réelle entendue et l'ecrite identique de ton enjoué. Le cinéma n’est pas en reste, ce qui crève l'écran participe de parenthèses pour mettre en forme la contamination dont le film est parfois une lecture, des cycles qui mettent en pointillé une actualité peau de chagrin, à chagriner. Nathalie Quintane met à distance tout type d’apitoiement calimero sur soi, et dépasse ce pauvre exutoire à une absorption à juste un instant, qu’elle sait tenir et faire exister véritablement à une distraction, autour des pensées «capsules, scrupules, coïts». Et quand elle prend alors du recul sur des émotions, elle constate des éléments agissants en dehors des sujets d’intellectualisation. Elle regarde son fond d'écran: «ma vie est bleue à ce moment là», bleue et pleine de fichiers en désordre. Bleu en résidu, à l'écueil de nos encephalogrammes plat, aussi plat que coloré, en capture à un instant T, image entre les images, refluant, interstitielle de l’instant, «photographie de l'état du cerveau». Même quand elle manipule des sites, le «entre» de deux liens permet le discours, et la dérive à partir de ce que ces images suit ce qu’elle décèle chez William James, le «et» qui induit des particules hétérogènes. La descente de médiums est sur cela, sur une image de rapport, photographier une pensée à partir d’une incertitude, au ricochet des cartons de Sternberg, «filmer des pensées». Sans qu’il en soit question, on ne peut qu'évoquer le parallèle avec le réalisateur Dusan Hanak taraudé de la sorte. A chaque fois qu’il sort et n’a pas pris d’appareils, de magnifiques cadrages semblent lui grever le regard, et lui arrachent des regrets. Avec le temps, il a admis cela, l’absence de l’image et l’instant fugace à son extrème. Au point que quand il a enfin un appareil en bandoulière, ne jamais attendre une improvisation à laquelle il lui ai donné d’assister, se définit en mise en garde; il préfère reconstituer les instants perdus à toute l’artificialité de rejouer sans naturel, précisément travaillant cet artificiel à un faux rythme étrange de spontanéité fatiguée, rendant un son unique égaré d’un passé à la dimension de ces films. Et quand il lui arrive de photographier «au petit bonheur», il dit le faire dans le sens de la prise de note, en raccourci des corvées d'écritures, mettant plutôt dans l’image des condensés à exploiter plus tard dans un sens ou un autre, photos et parcelles de séquences de ce qui pourrait être d’une plus longue occurrence. Réorganiser l’aléatoire du réel dans la perte dont il est issu persiste d’une reconnaissance des deux mouvements. Nathalie Quintane a une approche tangente et différente; outre que le souci de photographier ces pensées porte un mouvement de son écriture, un mouvement d’effacement de frontière, épousant des photographies spirites, son fantasque se nourrit de l’«écoute» ou «vision» involontaires, à la différences des surréalistes, organisés mentalement très précisément orientés à «une reforme du monde visible» par ces particules de matières ouvertes telles des parenthèses à ne pas se refermer, mais à descendre le tableau noir des démonstrations, reprenant souffle de leurs ouvertures. Sa fantaisie n’est à proprement parlé pas personnelle, la projection des gouts d’une personnalité, le sujet dans l’image. L’image d’une pensée devient à partir de ce qui peut être défini et ce qui ne peut pas l’être, ce qui a un appui et ce qui n’en a pas, «toute sorte de choses, c’est pourquoi les sages l'appellent le réel» (incipit d’un livre de Clarice Lispector où il est question de bâtir sur des ruines). « D’ailleurs, il ne s’agit pas d’être humble mais gauche dans nos entrées», c’est «l’ensemble qui fait image». On l’entrevoit chicaneuse dans sa lancée, pour reprendre le mot de chicane qu’elle aime: en même temps philosopher à l’arc et créer une démarche en une esthétique se précisant de côtoyer autant les fragments («pas une décalcomanie des apparitions réelles»...). Toujours l’entre, entre deux lectures qu’elle avait transmises lors de la conférence, entre les personnages et les personnes, les points de fiction et le document réaliste des données. Elle attise sa fantaisie. Les linéaments sont de fausses apartés, en existence de ce «juste un instant», sous cette forme diffractée, soucieuse du multiple en une condition d’atmosphère, trop occupé à respirer. La matière est descendue dans le creuset d’une chimiste patiente. La descente, terme du titre, interpelle, en ce très proche moment de la Pentecôte, lorsqu’au souvenir, on nous rabotait les oreilles au récit d’un esprit sain, dont les illustrations de tableaux étaient plus incertaines que les interprétations des textes, l’esprit sain en peinture lorgnant le corps pour l'illuminer, à une interruption où le mouvement n'était pas garanti, les rapprochements en interruption, deux pôles arrêtés subjugués, deux sphères, la caméra et l’absence de voir, un incipit d’inaccomplissement, pas un arrêt dans les désirs d’images de les travailler de l’intérieur. La descente au cinéma parait ce qui tombe dessus, de la roue libre de Truffaut dans les pentes de Thiers de l’argent de poche, aux sueurs plus froides à éviter de se faire «descendre» ou en une fulgurante irradiation dans des films noirs. Le thème n’affleure pas l'écriture de Quintane: «nos catégories, légitimes pour la démonstration,, se brisent dès qu’on pousse l’‘examen, fatal effet de la multiplicité des rapports qui modifient sans cesse le point de vue». Dans le livre, les pensées, leur visibilité et leur écoute, sont le fil conducteur du début de quelque chose, d’une utopie partielle non familière, des fragments éparpillés qui constituent en l'exaspérant une présence si ...«comment dire. Si vous aviez vu ça» (ml).  

 

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Commentaires

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Écrit par : Anonyme | 16/04/2014

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Écrit par : Anonyme | 29/04/2014

Merveilleux article ! C'est le type d'informations qui sont censés être partagées à travers l'internet. Venez et discuter sur mon site. Merci =)

Écrit par : Anonyme | 17/07/2014

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Écrit par : Anonyme | 02/10/2014

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