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23/04/2014

Circadien out

Gilles Jacob avait l’air éreinté. Thierry Frémaux lui aussi pareillement exténué. Il pliait la feuille de la liste officielle, oubliant un film dans la rainure, au risque de froisser une productrice, d’après ce qu’on lit dans les résumés. Ils formaient un duo burlesque, paupières tremblantes, à qui on ne peut pas reprocher de ne pas avoir visionné à s’en user la cornée à force de voir, les futurs films estampillés sélection officielle. Les protocoles habituels et pondérés, orchestrés au millimètre, particulièrement en politique, étaient bouleversés par cette soudaine improvisation d’être juste à l’heure, qui les rendait  cordialement très sympathiques. Battues et rebattues par les projections, leurs têtes éprouvées bousculaient les gonds. Les derviches oublient, parait-il, qu’ils dansent, les ultras marathoniens «oublient qu’ils courent» (Murakami), ont-ils été atteints, à leur tour, par la transe ou contaminés par l’expérience de l’artiste contemporain (Poincheval) enfermé dans un ours au musée de la chasse ce week-end, «il me parle des expériences de Michel Siffre, enfermé dans une grotte pendant plusieurs mois sans repère temporel. Le rythme circadien n’est pas nécessairement de vingt-quatre heures, l’alternance veille-sommeil ou jeûne-alimentation dépendent de multiples facteurs. Peut-être s’agit-il, dans les confinements de Poincheval, de trouver un «rythme à soi» qui ne soit pas une dérive, mais un franchissement de frontières, la recherche d’une certaine porosité» (M. Darieussecq). La programmation a été critiquée par les journalistes compétents, un tantinet déçus, repus (alors que Kawase, Godard, Dardenne, aussi Abderrahmane Sissako attendu pour son Timbuktu, après son très beau En atendant le bonheur, ce qui permettra de voir cet acteur "terrible" Hichem Yacoubi, aussi une jeune réalisatrice italienne Alice Rohrwacker, le festival nous prenant de vitesse...), et alors que c’est avec de la démagogie que le poids de l’institution cannoise, que l’on le goute peu, puisse encore surprendre de son inertie (Pasolini à Visconti: «encore une ombrelle dans ton film, et je hurle» (sur Mort à Venise)). Parfois on va au cinéma, à la suite des pas, sans autre grand conviction que l’oisiveté, on se fait une toile éprouvant l’ennui qu’on pressentait, du sentiment avec lequel certains festivaliers composent «l’esprit du festival», le film n’est pas le sujet, juste un accompagnement, on baille aux corneilles et ressort rincé, déjà ailleurs, à quelques autres espoirs. Alors puisque certains croient encore à l’oeil grossissant du phénomène cannois, et que la volonté de nos fatigués est de se soustraire quand même encore au rien, la fausse note impromptue de ce duo, de ce photographe modeste à qui Kiarostami a rendu hommage dans une belle préface, décrivant son ombre passant sur les piscines, les palmiers, les rétros de voiture articulant d’un brin de doute l’atmosphère de douceur, valait d’être reçue amicalement, en fraternité de lésine d’être rincé à une durée, au déjà ailleurs, rejetant l'écœurement si résiduel des journalistes, plutôt comme deux spectateurs encore étreint du noir, croyant à quelques promesses de séances.  "Catale trêve trêve et espère" (Cortazar).

 

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