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02/05/2014

Des plantes en terrain rocailleux – 2

Du 29 avril au 11 mai se tient la 9ème édition du panorama des cinémas du Maghreb et du Moyen-Orient (Saint-Denis, La Courneuve, Paris – L'Entrepôt du 14ème, le Louxor de Barbès : une invitation au voyage en Vélib' en Autolib', à pattes, de campement en campement, nomade, pour survivre et tenir l'espace, la ville dessous ses pieds, sous ses yeux). Une façon d'être debout devant ceci http://www.youtube.com/watch?v=b2emFXxuyig#t=68 et face à cela « Pas de printemps pour la Syrie ». Cette programmation poursuit à sa manière la journée d'étude consacrée au cinéma syrien de l'université Paris 8, mais aussi le dernier Festival « Un Etat du monde... et du cinéma » dont une part était laissée au jeune cinéma égyptien. Le souvenir est encore vif d'un débat sur le thème « Egypte : que peut le cinéma ». La salle était clairsemée. Les agents de sécurité aussi nombreux que les spectateurs, dont la moitié était là pour scander des « Morsi! Morsi! ». Le coup d'état résonnait jusque dans le fond du trou des Halles parisiennes; les intervenants sommés de se justifier et de s'expliquer s'exfiltrant alors péniblement dans des propos convenus et inoffensifs. Une assemblée houleuse qui a laissé trop peu de place aux « regards » de cinéastes qui avaient sans-doute cristallisés l'ébullition en cours (le remarquable « Interdits » d'Amal Ramsis) mais qui semblaient désemparés à l'idée de suivre les soubresauts politiques, le cloisonnement de la société égyptienne, la désillusion ou la déprime post Tahrir. La déception était forte d'une impuissance à filmer et à dire. Une déception redoublée d'inquiétude lorsque nous entendîmes l'auteur de Comme si nous attrapions un cobra, Hala Alabdalla (programmé au « panorama ») interpeller les conférenciers sur les leçons à tirer et les moyens à mettre en oeuvre pour les cinéastes et artistes syriens en lutte. Le temps de se rendre compte que nombre de ses longs-métrages étaient quasi invisibles sur le sol qui les a vu naître, faute d'un réseau de distribution et de salles, qu'ils étaient essentiellement produits à destination d'une « carrière » de festivals internationaux. Les moyens du Centre égyptien du film (équivalent à notre CNC) paraissant relever plutôt de la bonne volonté. Le mérite premier de ses films relève, tout de même, de ce que Nathalie Quintane nomme « la descente », la descente dans la rue en vue d'une réforme du visible. Hala Alabdalla et les syriens vivent la catastrophe, la destruction méthodique d'un peuple et d'un pays; ils sont au défi de filmer la rue, son existence, la vie qui coule rouge sang, rouge révolte. Il s'agit de ne pas oublier ces hommes et femmes passionnés pris dans la gueule du lion, alors qu'un documentaire empruntant le chemin dessiné par la cinéaste du pays de Cham sera projeté dans le cadre prestigieux de Cannes (Caricaturistes-fantassins de la démocratie de Stéphanie Valloato). Il s'agit de ne pas oublier ces films et ces images poussant - pour employer les mots dits lors de la table-ronde du Forum des Images - comme des plantes dans un terrain rocailleux, loin des affiches de communicants absolument désinvoltes et inoffensives du film cannois : un simple détournement comme il s'en voit tant (succédané du triste détournement d'avion, du spectaculaire publicitaire et d'une mise en scène bien décortiquée par l'un de ses spécialistes Masao Adachi). Il s'agit de ne pas oublier que le véritable enjeu serait de distribuer Comme si nous attrapions un cobra, de faire monter à ce serpent le tapis rouge du sang versé, rouge-révolte, rouge de colère, les écailles moirées de sombre.

Cinéma_Syrien_1.pdf

Cinéma_Syrien_2.pdf

programme-pcmmo-2014 (1).pdf

 

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