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11/06/2014

"Over voice"

 

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Le stand-up réclame du rire toutes les quinze secondes. L’accroche vise au continuum, au rire salve. Les zygomatiques fatiguent la décontraction tant elles sont sollicitées. Le mécanique conçoit son obsolescence, l’amusement s’emporte à la suite. Et si par hasard, on a été laissé au bord du chemin, on se trouve bête de tant de communicabilité hermétique. Le comique s’affilie à un mauvais marionnettiste qui vérifierait que le fil fonctionne. Cette aparté n’a de but que de regretter que telles astuces emplissent certains films qui ne sont pas à court d’idée, justement ils en ont trop, trop parfaitement talentueux, que leur trame s’occupe de rendre compte, rendre compte de l’argent à un public de cinéma, à une région finançant l’aide. Comme si les plans devaient démontrer qu’on n’a pas passé son temps à fumer le sérieux des productions, à vider les caisses à boire des bouteilles de vin à la santé du regretté Pirotte, à rêver avec lui «bleu» de vin, ce rêve bleu d’un nocturne, d’une aurore complice. Un esprit de réputation doit donner de la valeur à un nom de réalisateur, «les bons comptes font les bons amis» devient un credo qui s’illustre. On se prend à aimer des plans où la part de vacuité n’est pas soustraite, où l'échouage tient la dragée haute aux perspectives irrésolues. «Tourner contre son scénario, monter contre son tournage», les exemples ne manquent pas pour redonner du courage à ceux qui voudraient, pas forcément à contrario mais fidèle au vent sur le visage, éprouver cette autre liberté des métamorphoses, des mues, de faire avec son temps même passé.

 

 

Chez Marcelline Delbecq, la plan couche ailleurs que dans le lit du dédit. Une fille disparait avec une valise et ne sait pas où la poser, une valise remplie de souvenirs et de fringues, pour qui les logis provisoires sont des havres, précaires, où des instants se jouent à l'existence. Le parcellaire engage l’intensité, comme dans ces tirages volontairement tirés très petit, de Plossu, prenant acte d’un regard féminin si grand, des détails comme d’une plissure de lit. Aussi perce peut-être autre chose qu’expérimenterait «la potentialité cinématographique de l'écriture», Marcelline Delbecq prenant le mot à son débord. Lâchant les mots, leur littéralité, pour ce qu’ils décalent. Au hasard, à droite et à gauche sur quelques années, nous avons croisé son travail. Dans un petit livre, à la collection bien nommée «faux raccord», West I-VIII, une densité d’approche mettrait à l'épreuve ce qui prédestine trop ailleurs l’image d’après le texte. Il ne s’agirait plus de scénario mais dans son travail, d’une «opération littéraire qui réinvente le cinéma depuis les images d’un film absent». La fabrique des images déploie des contradictions, fait entrevoir des vindictes à travers un récit, entre présent et passé, ou entre matérialités. Prendre une photo d’un espace vide s’intercale en glissement d’action réelle incarnée. L’image est là où on ne l’attend pas. Elle est bruissante de descriptions de végétations luxuriantes, des verres cocktails servis, de délinéaments du soir. La première personne, si sujette à l’autobiographie, est mise de côté avec la création de ce double masculin enquêtant sur un scénariste tué sur la route, d’un violent accident. Qu’est ce qui a bien pu susciter une telle légèreté, chez ce scénariste Nathanael West, pour qu’il balance à ce point sa vie dans de la tôle froissée? Le rembobinage que propose l’auteure ne s'intéresse qu'au sensation, qu’à l’ouverture d’une vie pour qui la contingence serait naturelle mais secondaire. L’étude, aux frontières du romanesque, séduit de cette fuite, le sujet de recherche contaminant les petits points des hasards des routes, qui atteint celui qui passe sur les traces après les vies, au mimétisme du courant vital, aux antipodes du gentleman polis qui enquêtait sur Citizen Kane. C’est cette extériorité sensitive, sensuelle dans quelques lignes, qui rive au petit fascicule. Les zones de flou qu’elles revendiquent fonctionnent, ne pâtissent pas de l’absence de tournage, existent de l’absence, des traces vivifiantes de se remettre des roulis, des erreurs de croire qu’on peut étreindre de nouveau le passé, mais aussi des résonances aléatoires. La peau tire de sel et de soleil, la gueule est cassée d’un nocturne, la sensation est en évanescence d’incarnation. Il y a des histoires plus lisibles, hors enchainement narratif. C'était su, uniquement croyable quand on retombe dessus (souvent via, le Fresnoy, le Cjc, le Bal, la Clef, l’espace saint-Michel)... Mélangeant photos textes, débordant le cadre, en lisant dans l'épaisseur des glissements ou des redites, un procès d’image en train de se faire, non encore close sur elles, parvient de son essai, dans le mimétisme vécu en anachronisme de souplesse face au temps. Les sens émeuvent ce livre. On peut les reformer au jugement ou laisser l’ouverture s'intéresser à ces mégardes, quitte à flirter au vide, au trou dans le dos, aux mains dans les poches (Eustache). 

 

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