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14/06/2014

Variations sous influence -2

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Il y a sans doute, peut-être, éventuellement, vraiment pas, de la fleur qu’on effeuillerait des perspectives qui ne sont pas évidentes, un rapport entre le photographe Lewis Baltz et le cinéma d’Antonioni, Godard, Hitchcock. L’avouant sincèrement, en sortant de l’exposition présentée au Bal, le photographe nous a plus bluffé que le rapport qu’on cherche à instituer de lui, toujours comme s’il fallait que les choses aient du sens en surplus, qu’elles soient pris dans une surévaluation, que le nom d’Antonioni assure le choix et l’exposition à la modernité. Ce photographe est reconnu, il a donné à songer, une ribambelle de rhizomes se sont dispersés à partir de son travail, ce signe étant déjà une gageure que des photos puisent marquer en échappant. Plutôt que d'écrire encore «sur», nous retiendrons, en fil de fin d’après-midi, l’approche en retrait, la politesse face au réel, l’envie de ne pas s’imposer aux traces, de ne pas endosser de costume, de se camper en trois petits points. Il y a l’idée de photographier le lieu, de l'épuiser par un nombre de vues, tout en prenant à chaque fois un autre emplacement, une autre marge comprise au déplacement. C’est comme cela, par le lointain et l’accumulation, que le terme d’objectivisme lui est tombé dessus. L’objectivité que critiquait Benjamin, et qui, nous le rappelle-t-il, prend sa source avant la seconde guerre, semblait au penseur se détacher de tout lien au réel. Lewis Baltz ne se revendique pas, une déclaration en exergue dresse le portrait d’une situation résonnante à ce qu’il est en train de vivre, «c’est toute l'Amérique de l’après guerre qui déferlait sur nous. Comme dans un cauchemar, le train arrive et vous voulez courir, courir, mais vous restez sur place. On ne pouvait y échapper. Confronter cela à la photographie était le seul moyen de l’exorciser». Il paraitrait en porte à faux des attitudes, des aptitudes, en faux objectiviste. Il le remarque lui-même, au fil des séries, quelque chose se dit de l’Amérique à travers son abord, il déploie une subjectivité à s'intéresser à toutes ces à-côtés des villes, qui ne sont pas à proprement parlé des décharges, mais les endroits où s’entassent les résidus de présence troués, les choses inutilisables, écharpées. Et ce regard s’infiltre, non comme premier, mais de l’espace libre des coins neutralisés à un écart de captation, un retrait. Les séries paraissent réaliser un grand écart, entre cette apparente objectivité en repli sur le bas côté, près de l’arbre que la route oublie, et une intériorité qui prendrait le temps de ne pas se résoudre à passer, d’où ces soirs qui tombent sur des maisons standardisées en construction (Nevada, 77). En grand écart, peut-être le roman et le film en «over voice» s’insinuerait, même si l’allusion au film est à replacer d’après ce que le photographe en a cité, à un moment précis de son travail, pour un travail particulier, près d’une prison. Pour reprendre un terme croisé plus loin, on tombe dedans, dans ces photos de lisière. On apprend que le monsieur boude même le marché tant il plonge dans l’ouverture à une porosité, proche d’une dramatisation. Ces dernières expositions usent d’images digitales, en analogie des vies où les câbles, les escalators se partagent avec des visages, nos nuits. L’amas de débris, miettes d’instants s’instaurent en «chromo», chromo-genèse de vacations en mineur. 

 

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