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22/06/2014

Si c'est un homme

http://lesrroms.blogg.org/

http://rroms.blogspot.fr/

Les films de Bijan Anquetil – que ce soit Le Terrain ou La Nuit Remue – comme le travail de Bertille Bak ont déjà été évoqués ici : l'un sur le lieu d'occupation des migrants, ce terrain qui s'aménage (et qui n'est pas le territoire comme le montre le dernier plan du moyen métrage de Bijan), en bidonville tout d'abord, mais en ville tout de même, une ville à l'état naissant, passant du campement au bâti, le second sur la circulation, le déplacement, un nomadisme, une itinérance qui pourrait se traduire en terme de marge, de périphérie, mais aussi de stratégies diverses dans l'ordre du visible, la planque, le camouflage, autant de jeux pour que cet autre – le pauvre hère, celui que l'on voit trop, trop bien, allongé sur les trottoirs, musiciens dans le métro – soit celui que l'on ne peut voir. Un visible invisible. Les politiques publiques d'accueil semblent incapables ou impuissantes à nommer, reconnaître, et déclinent le plus souvent leurs actions dans les désormais traditionnels termes du sécuritaire : de l'organisme sain menacé par quelques agents pathogènes. Il est important, non seulement de dénoncer la dérive, qui de la feinte ignorance – du non-voir –, se transforme insidieusement en déni d'humanité : façonne un homme jetable, l'identifie aux objets qu'il chine, aux poubelles, au rebut, au déchet, à une chose. Les sans-abris en sont plus qu'à leur tour les victimes, alors que par amusement ou haine, ils sont battus, détruits et incendiés. Il nous semble important de revenir sur le travail des deux artistes et de le lier aux recherches savantes et universitaires récentes sur l'esclavage au bord de la Mer Noire. Les interventions notamment de Marcel Courthiade sont éclairantes. Il nous apprend que le mot « Tsigane », terme péjoratif, est synonyme d'esclave. Il nous apprend encore que les « Rroms » - populations sans-doute déplacées suite aux avancées et aux conquêtes Turco-Mongoles, dispersées aux seins de l'empire byzantin puis ottoman -, ont été mis non seulement en servitude, mais plus loin, achetés et vendus comme force de travail pour les boyards et privés des droits les plus élémentaires dont le droit de disposer d'un seuil et d'un toit.

http://www.etudestsiganes.asso.fr/tablesrevue/PDFs/vol%20...

Les Rroms étaient maintenus dans des situations proche du bétail, et ne pouvaient ni franchir cette porte ouvrant sur des pièces, ni élever des murs, une maison en dure ; ils dormaient ainsi le plus souvent dans des fosses ouvertes aux quatre vents, à peine recouvertes d'une protection sommaire contre les intempéries. Etre humain – et non pas bête – était l'apanage de ceux qui pouvait justifier d'un seuil, d'une habitation. Il semblerait donc que dans la longue histoire de leurs persécutions s'écrivent en douleur, en « extrême occident », un énième chapitre.

A ce titre, le récent Eastern boys de Robin Campillo est marquant. Marquant, car se déroulant en partie à la fameuse porte de Montreuil, sur l'emplacement des fortifications, là où la silhouette des biffins, des chineurs et ferrailleurs (de tous les continents), s'est redressée de dessous son tombeau (le périphérique). Marquant par sa longue séquence – sidérante – où la bande des « eastern boys » s'empare en un ballet, une chorégraphie, sans un cris, sans violence autre que psychologique, de l'appartement d'un homme mure, assuré dans son (homo)sexualité, aisé. Il le pille. Et la scène est filmée comme un dépouillement de toutes les richesses de l'occident. Remarquable film (notamment par ses acteurs), par l'ambiguité des sentiments qu'il génère puisque la séduction de la société consumériste y débouche en faveur sexuelle – et que la peur et l'attirance de l'Autre y sont racontées du point de vue porté du hauts des immeubles sur la plèbe du marché de la misère (qui est d'ailleurs habilement occulté par le tournage). Une ambiguité qui n'est pas sans rappeler celle du film d'Alex Van Wamerdam, Borgman, et l'identification de la figure de l'étranger, de l'étrange, au diabolique. Une ambiguité enfin qui est tenue jusqu'aux ultimes plans, puisque la naturalisation n'est possible que par l'adoption en une forme d'assimilation, en une forme de possession et d'inceste.



aa

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