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20/07/2014

Fredonner un air

Un geste dans un film peut être repris à une imitation salutaire, sans que cela ne signifie que le jeu. La singularité d’auteur compterait moins que juste quelques exemples résonnants. «Fragments sur l’u-topos européen: une histoire du vertige, de Robert Musil à Bruce Lee», Camille de Tolado avait déjà l'intuition du lien, entre Musil et Bruce Lee, ou comment apprendre à nager le crawl/ porter un coup sans vraiment regarder de face, par intuition de la main à placer. Thomas Gunzig poursuit l’idée en accusant réception du cinéma du dragon à toutes les libérations qu’il a occasionnées, le jeet Kune Do (poing qui intercepte) en façon d’arrêter un cours du temps délétère (et avec sa queue, il frappe). Les films de Bruce Lee sont ses poteaux d’angle de son adolescence, ils en nomment chaque nuance en des échantillons de courages. Loin d’être une élucubration, des rappels des détails sont marqués à leur relation au cours des jours, en séquences lanternes: pour tout ceux qui ont connu une boule au ventre dans une cour de récréation, d’être pierre là où les autres sont airs, d’avoir la sensation d’être inapte, mal foutu, inconnu, incompréhensible, bref pour tout ceux qui ont le collège en tradition de supplice, Gunzig prend la figure de l’acteur Bruce Lee comme un antidote physique et circonstancié à toute forme d’avanies. Après avoir relaté de pires humiliations imaginables, la location par hasard d’une cassette Vhs va structurer de manière forte une rébellion, en osmose avec une façon de marcher, d’y voir plus littéralement dans les «coordonnées» de la vie regroupées ensemble, la vie par rapport aux autres, au sexe, à la violence. L’exploration d’un autre cinéma devient pléthorique et hors de la sous-catégorie; aux films de combats s’adjoignent les films de série B ou Z. Ces films que l’on traite trop souvent malheureusement du coin de l’oeil en sous culture, sont habillement maniés dans le récit, pas qu'en considération esthétique, mais en ce que de rampante, l’attitude se transforme graduellement. Habituellement «consommés» à un moment devant l'écran, ils produisent, différemment vus ainsi, un «même pas peur» salvateur. Les séquences qui sont censées effrayées sauvent et ont même rapport à une séduction dans l’ouvrage. Là où on lit chez des psychologues la mise en garde contre l’apologie de la violence dans les conseils toujours interprétant des dommages, ce petit texte se taille la part des citations horribilis, en épaules qui s’affirment, tons de voix qui s’exclament, après que des mises en situations de toutes les formes de peur possibles nous aient déjà surpris de richesse d’images inattendues (comment peut-on se tuer avec un habit...). Quelques films de zombies et d’horreurs, sont dévoilés en corps à corps surprenant d’énergie. Des délaissés mal aimés sont racontés en «géographie humaine». La zone sauvage de telles visions ne clament pas tant le non droit et le brulot, que de marcher sereinement à un «être monde» extérieur à soi, et finalement assoupli d’une maitrise. Gunzig est faussement modeste; ça et là, il plante des réflexions de cinéphiles, par exemple dans l’attention dont Bruce Lee a ce regard vers le bas au summum de la concentration, ou cette façon d’attendre stoïquement et pourtant en «mode fâché». L'écriture (entre dialogue à une voix et monologue de théâtre) est vibrante de ce qui a été transmis en mouvement d’accoster au monde, au comment faire, d’autant que le personnage a l’air de s’adresser à un (son) petit garçon. Les situations cocasses, les traits narratifs de ces films provoquent l’humour lorsque leur transposition se fait surgissante à la quotidienneté, un ami situé derrière une fille devenant un suspect de serial, en deux temps trois mouvements. De joyeux vikings s’amusent allègrement d’animaux de compagnies inattendus dans dragons un et deux. L’esprit du dragon est ici autrement habité sans détour. Les images, en sélection (car il ne faut pas oublier que d’autres sont parfois plus ennuyeuses, à fortes limites) par une telle vision, seraient comme certaines répliques, passagères de l'éclair. On entendrait zébrer l’air de la fugacité, en même temps que du doublage sonore souvent artificiel. L’intuition propose l’osmose comme avec ces sous bois vers lesquels quelques scarys s’engouffrent à l’attention sur le vif: «dis moi comment tu regardes un film de série B, je te dirai qui tu es». Poser ces figures contre l'idolâtrie du pur genre auto référencé, est tenté en transmission dans l’urgence par ces pères qui se sentent largués (le schéma est le même que pour le livre de Tolado) comme s’ils allaient disparaitre téléportés à une zone absente, à l’indifférence de la banalisation. «Manuel de survie à l’usage des incapables», nous avait déjà mis sur les rails, sur la trace, la méta-trace, des vacuités qui sont tout simplement là, en même temps que de la reconnaissance au milieu de quelques broussailles de l’extase (Hirt), celle de la vie exacte. L'érosion de la peur par une toxicité supérieure se marque hors de la monotonie. 

 

Les statues disparaissent. Celle de Bruce Lee, disparue à Mostar, hante, parait-il, les Balkans. En figure historique échappée, d’être plus parlante par son rapt: «l’echo de ton cri a filé lui aussi dans la vallée, c'était comme si nos deux voix se couraient après» (Tolado).

 

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