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18/08/2014

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Le Beau Monde (de Julie Lopes Curval) rend en mélopée la technique de la broderie à une forte expression sensible, qui, dans le travail de fin d’étude d’une Alice, transpire l’attente, le désir face à l’attente, celui qui fait se diriger vers la porte quand on croit que la personne aimée rentre. Mathilde pour la tapisserie de Bayeux à son chevalier Guillaume le conquérant, Pénélope attendant Ulysse, sont citées dans le film, en figure d’inspiration pour l’étudiante travaillant à une fleur de pavot devant signifier la beauté vive et fugace, puis décomposée rapidement, en parallèle d’une histoire personnelle. L’immersion dans l’attente, dans une temporalité autre de la passion, est particulièrement perceptible lorsque le personnage brode avec à l’écouteur des récits romanesques lus, paroles dans le silence et dans l’intériorité de la bulle, au fond de la nuit. Le projet filmé épouse beaucoup de problématique, le beau monde est à la fois les belles choses faites en affect, et la classe sociale à laquelle la fille finit par se cogner, aux petites cruautés tacites, aux ironies toujours à fleur de bouche, soit disant à corps défendant, mais bien saillante en la matière, et qui ne s’excuse jamais de travers de coutume. La fiction s’emporte, selon un propre de la fiction, à ce qui n’est pas contrôlé ou justifiable, relayé par l’amour présenté. Il faut accepter, petit spectateur de la salle (trop souvent voulant à contrario être agi par le film, à ce que Rancière en décrit l’expérience pour le ciné expé), de rentrer dans une coquille pour juste « regarder » (que le film stipule en puissance, « est ce que regarder, c’est penser ? »), regarder un drame qui s’affirme en rythme assourdi, comme si on tapait à une vitre, la main dans un linge, aussi volontaire de présence qu'amorti en politesse pour les choses.  Le vent, les rouleaux de la mer, la Nature qu’on aime à entendre saturer la bonnette de son à une impuissance sont ici modulés aux sentiments intérieurs, en moderato accessoirisé à une partition qui choisit d’orchestrer ses chocs, les traitrises apparaissant par mégarde, oubli, faute d’égards. Car drame il y a ; la réalisatrice parcourt parallèlement à l’histoire, une critique sociale, et alors qu’Alice pourrait être sûre de sa vision des choses, fière d’un héritage autrement assumé malgré les brisures, et donner de l’assurance au garçon bourgeois dans sa mise à distance d’une famille aisée bien stéréotypée, le film choisit l’amour et la description du travail de sape d’une déstabilisation du regard de cette fille, qui « aurait tout à apprendre » face à une culture, ou tout du moins, face à sa morgue, dans le rouage des regards exclusifs pour qui l’art est tout. Les maux du sentiment constituent alors la trame du vécu et du scénario. Une Alice en fleur bleue violette, comme ces fleurs aimées par le personnage dans les bas coté ou les champs en jachère, aux prises aux vents et sur les rives des écueils, les spectateurs croyants n’étant plus à l’abri. L’écriture brode ces glissements, des résonances dans le visuel et le thème, happements de son d’une image à l’autre, les plans de bus enregistrant des palpitations où l’on entend le souffle, masquant le trajet à l’émotion. Ainsi, elle s’accrocherait à mener de front son discours peu politique en même temps qu’une parole aimante, à la fois sensible à des sens qui s’éveillent puis qui sommeillent, puis du rapport au sommeil plus profond (la tombe), le latex travaillé dans l'etude en matière à son rappel de dérivé en morphine, explicable d’une perspective à une histoire pour laquelle le film fabriquerait une toile, peu pour capturer, mais pour entretenir cette boule intérieure « sans lequel il n’y aurait pas d’autres issues possibles ». « Quel vêtement fais-je donc mettre ? », la question de fait du matin pour des yeux mal réveillés, ou autrement l’occasion du brio pour le dandy, n’ont pas la fragilité de maitriser la technique de ce qui s’effiloche, temps, matière, sentiment, ou du moins, de tester cette technique à un courant de vie moins maitrisable, avec cette présence renouvelée d’incertitude avec laquelle l’actrice Ana Girardot est à chaque fois impliquée en silhouette au plan, à un cadre de vie dépassant la lecture. En un ajustement au monde en coeur battant (les mots (images) sont des vêtements endormis, jean-louis Giovannoni). Film/Couture. Une réplique de Langlois renvoie les projections à « de la haute couture », les listes se propagent su des cahiers, en forme de montage, d’orfèvre des transitions. Françoise Lebrun bouleverse l’idée même du souvenir d’échange à une correspondance, au patchwork de moments, à relier l’hétérogène en qualité d’étoffe, l’assemblage d’un crazy quilt sur le fil, sur des liens minimes et ravivés. Quant à Jean-Pierre Oudart, son texte la Suture, s’échange en un sésame pour cinéphile, la suture, terme médical sur les plaies ouvertes, là aussi sur les peaux à plaies, dans les films de Bresson. Une autre suture pour le Beau monde, le choc de ce qui n’est pas encore fini ou encore dit, ni encore totalement vu car pas encore passé, d’autant plus douloureux, la peau sur les os en combinaison à un être là périlleux de ces «mondes» en contact cruel. 

 

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Commentaires

le Beau monde ! ça sonne mal

Écrit par : Anonyme | 27/08/2014

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