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24/08/2014

Orages du possible






 

Que serait-il/elle devenu(e) si elle/il n’avait pas pris cette direction, ou si il/elle pouvait marcher à reculons pour continuer à profiter de ce chiche soleil trop rare, bref si l’on pouvait tout vivre à la fois, l’avancée, le recul, le choix fait et celui qu’on aurait pu/dû faire? Parmi tous les mondes. Le vertige des possibles se construit de sédiments à arborescence, qui ne personnifie pas en incarné visuel les schémas de scénario à l’infini, mais inclut perpétuellement ce qui est perçu du monde, ses exclusions, ses douleurs, des mouvements aléatoires, dans la tête. Comment rendre visible le virtuel, du moins tous les revers à une force qui signifierait autre chose de sa plainte? L'étrange histoire de Benjamin Button rembobinait l’accident d’une héroïne à l’enchainement délétère de tous les détails ayant mené au choc tragique, le chauffeur de taxi s’il n’avait été retardé par son lacet puis par sa femme, n’aurait pas alors causé le dommage irrémédiable ; l’accident était contingenté à ces détails de la vie en torrent visuel collision de deux parallèles. Alors que le vertige des possibles se ronge le sang du virtuel de toutes vies, en conjonction d’espaces, loge difficilement la faille de la trame numérique aux perspectives qui hantent un esprit en déambulation, dans ce que le monde atteint au-delà de tout, des visages croisés qui en disent quelque peu. Cela en constitue la maladie du monde, perclus d’insomnies ou d’errances qui s’ignorent comme telles, misères et éclats portées au regard en incidence, palpation d’un parcours à l’excès d’une voix errante. L’absolu de tout saisir tend le flux résiduel du monde à des étreintes qui le vont s’entrouvrir à d’autres latences, une musique lancinante du passé renaissant se déploie sur la grande ville. Les séquences s’arrangent en leitmotivs serrés s’ouvrant et se fermant à des paroles intérieures, ayant l’ambition de signifier toutes les pistes possiblement vivables et traduisibles, tous les précipités de solution à des semi accords relatifs avec le temps. Il y a cette image fabuleuse où le virtuel (les différents choix) se confond avec la suite de ce qui aurait ou aura lieu dans la soirée vécue, image accélérée tacite de multiple et d’un confondu, se posant la question en saturation, explosée d’un trop plein de vie contenue. La page blanche, celle pour l’instant demeurée vierge pour la fille du film, est saturée de ce verre qui ne déborde pas ; l’écriture ne se déclenche pas, mais se peuple, du dehors « calligraphie-moi », Michaux et ses idéogrammes, là le plan de poissons en bandes fait l’effet d’une même peuplade au cœur du plan en page non écrite et pourtant bruissante. L’incantatoire discute le magma intérieur. L’expérience parie sur des signes indéchiffrables dans la nuit, en radiographie de chercher loin de soi quelque chose qui fasse écho au trouble des échecs, des revers, des choix, la disjonction en chaleur prise dans les glaces du monde, ou froid face à ces chaleurs apparentes. «Et dans chaque gouttelette la rumeur de la mer entière toujours un pli dans le pli comme une caverne dans la caverne» (Pazzottu).

 

 

 

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Touchée coulée par les asphyxies de vies, ramenée à son expérience des choses lacunaires, non dites, non devinées, au milieu du labyrinthe d’une marche cyclique (rythme du film), une avancée: quelques portes s’ouvrent, quelques comptoirs augurent des pauses, mais surtout une nuit particulière, de réconciliation avec l’ex, bouleverse les fuites à une suspension « et s’il ne fallait pas prendre des décisions dans le passage ». Au montage coupé à la violence d’un orage, à son ampleur de déflagration, pendant que des corps se redécouvrent charnellement, filmés comme chez d’Agata, en manipulation de la vitesse au plus proche du lit, la passé s’oublie affleurant à ce qui se contraste et se concilie dans la foudre traduite. «Un avènement enfin: cette peau». La pétrification du monde de tous les possibles est transvasée dans une forme détonante où il est demandé comme un sésame à l’autre de devenir l’«oubli de ton oubli », encore plus fort que les litanies des « si » évaluées en rapport gain/perte, dont le personnage miroir, assise à côté de Vincent Dieutre, émettait des paroles à la terrasse d’un café, songes de rencontres. L’orage donc, en une rémission, explosive et temporaire, d’un mal, convalescence des lumières et des apparitions à un plein. On se souvient que chez Ange Leccia puisqu’il nous convie chaque été à le redécouvrir avec bonheur, comme la réalisatrice du Vertige des possibles, a convié chaque dimanche de cet été à venir voir le film vertige prolongeant la possibilité de rencontre au public, que le phénomène climatique est ce qui faisait la chambre noire, la pièce, que la condition d’une vision dépendait de l’éclair, quelque chose du voir était en jeu à la fulgurance d’un prisme, articulant le visible à une autre correspondance initiale. Pour Black Storm inquiet des bourrasques, la mise en image de l’extinction panique la fiction en signe d’apocalypse, en humanité qui n’aura plus sa place, le cyclone propulsant une dernière fois une voiture dans le ciel, dernier tour de manège. Alors que dans le dispositif de Leccia ou dans le film au vertige des possibles, une ombre s’infiltre aux déflagrations enregistrées, en parallèle de ce qui pourrait être audible dans le silence, en palpitation soudaine, à l’envers de la projection mentale, en retour du monde aussi incertaine qu’un éclair, altération du ré el (fp), des choses vers un retour. L’axe vertical déroutant. La lumière subitement contrariée dans son ton, fugace d’appartenir à un regard, en rémission passagère de tenir le tout à un rayon qui prendrait en son sein. Quels rapports à la déambulation initiale? Images de chantiers, blasons de blessures. 

 

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