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06/09/2014

Comme des chiens... errants... suite

Nous avions laissé la meute privée de maître, errant dans l'ombre des grandes cités, s'abritant dans les ruines de la modernité défaillante, quelque part du coté du Maroc - les chiens jaunes de Marrakech continuent de s'appeler dans l'obscurité et d'hurler un écho d'on ne sait quelle tristesse – et du coté du cinéma de Tsai Ming Liang et de son dernier grand film, sourde menace nourrie de la main de ceux qui brûlent d'un feu dévorant, et dont les canines s'enragent à mordre dans l'homme à tête de choux (une des séquences et plans du cinéaste taïwanais qui visite, souvent, son spectateur lycanthrope lors des nuits sans lune). La révolte n'est pas la curée médiatique, ni la mise en scène d'une quelconque défaite. Elle s'incarne dans la meute retrouvée à l'Etrange festival, et dans ce film déjà remarqué à Cannes : White god (Kornél Mundruczó).


Le film débute à la façon de « Lassie chien fidèle », bascule dans une adaptation de Croc-Blanc, pour se terminer, ainsi que le remarque le programme du festival dans « une relecture de la planète des singes ». La dernière partie est d'une grande force, embarquant sa troupe de « batards » dans des montages parallèles et alternés haletants et efficaces, tout en battant une mesure de manière à suspendre les plans sur une portée quasi musicale. La « ligne chien » et la « ligne de la jeune héroïne, Lili » vont dans ce récit d'apprentissage – d'apprentissage d'une forme d'insoumission comme valeur étalon de liberté d'être, il faut aimer la beauté dans ce qu'elle a de plus terrible (Les Elégies de Duino de Rilke) – se rejoindre. Elles se recoupent dans une séquence finale et un dernier plan dans lesquels, outre la poésie pleine du cinéma, s'expriment et se dévoilent un anti-dressage, une éducation à rebours, ni maître, ni esclave, le partage d'un souffle commun, et la prescience (le film s'ouvre dans une boucherie par le dépeçage d'une carcasse et se clôt dans l'enceinte de l'abattoir aux allures de funestes usines) que l'homme aura tôt ou tard à s'aplatir devant le règne animal qu'il a méprisé. - La légende du joueur de flûte de Hamelin est convoquée, elle se noie dans la légende de Tannhäuser : la terreur dans les amours du poète, la captivité est la "captive", le spectateur captivé par l'enchantement est, alors, ce musicien capable d'entendre bruire la création, de dialoguer avec la "part animal", d'outrepasser l'animal social, les reliquats de lâcheté et de méchanceté d'une époque. 

Au bord des autoroutes et autres aéroports, des voies tracées, des chemins de traverses et des bascules vers d'autres compagnonnages, d'autres compréhensions, semblent possibles. 

 

aa

...

Comme un fait exprès, traduit de l'Ourdou, ce poème de Faiz Ahmed Faiz :

 

"Les chiens

 

Ces chiens errants

De la rue

En chômage,

 

Ces mendiants

Dont les seuls trésors sont

Les insultes des siècles,

Les fouets du monde.

 

Leurs jours sans aise,

Leurs foyers dans l'ordure,

Leurs maisons dans l'égout,

 

Se battant entre eux

Pour une croûte de pain.

Ces créatures,

Cibles des coups,

Tombent de faim

Dans le néant

De la mort.

 

S'ils levaient la tête,

Ces chiens opprimés,

Ils dépasseraient les hommes

En révolte.

S'ils le désiraient,

Ils balaireraient le monde,

Dévoreraient les os

De leur maîtres.

 

Qu'on les rende conscients

De leur misère :

Tirons-leur une fois

La queue!"

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