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19/09/2014

Echapées

Tant qu’il y a des boites de conserve, l’été et l’amour durent dans les romans de Faulkner, c’est du moins la lecture qu’en propose Emmanuelle Pireyre, avec une idée de féerie (choisir son Faulkner: Bergounioux, Godard...). La parenthèse  ne se referme pas aux dates, épuise ses réserves à sauter les jours et repousser au plus loin le monde sociétal. Croire sortir du rang encore clandestinement. Se soustraire, en voeux, en rêverie. Encore au temps violet. Exorcisme de toute rentrée.

 

Car le pavillon violet plaisait bien même si son signe était de baignade interdite, bactéries en prolifération dans les eaux. Le littoral soumis aux doutes, renvoyant le vacancier sur les routes de l’arrière pays, empêché de cette mer microbienne, mais n'empêchant pas la langueur sur la longueur. Le photographe Bastien Defives a longé, dans ce sens latéral, le trait de côte, entre la terre et la mer, captant les traces de l’activité humaine, principalement héritée de la pèche et de l’industrie, en excroissance d’une nature, agglomérations en dichotomie de coins vides battus par les vents. Il relit l’Histoire à travers la côte, ses histoires, ses chaos, sur la terre ferme. Mais l’autre côté du regard n’a plus son contraste d’infini pur et renouvelé, la mer devient aussi emporté au débord de l’Histoire, la contamination bactériologique moins visible et sournoise des rejets. Le lieu de la beauté ne s’altère pas tant, toujours là et si intense de bleu, qu’il se souille de présage de maladies, en forçant le trait, dix sept jours sur les trente et un du mois, de carence. Le prix à payer du fun pour le surfeur. Explicable par de trop abondantes pluies printanières ayant pris de cours des municipalités. Mais en étrangeté que la limpidité côtoie l’image des fosses, trop plein d’exploitation, éden du plastique, régurgitation du mouvement. Violet, la couleur de penser d’ailleurs, contre signe, pli d’agora au pied des drapeaux, à s’y retrouver, comme aux pieds des Violetta dans les films noirs, du moins en mouvement de sens aléatoires.

 

Une fissure du décor. Une explosion du code touristique en injonction libératrice: «on ne peut pas partir tranquillement ; aucun voyage n’est possible sans une explosion initiale » (Vassili Golovanov). Exploser comme dans les burlesques. Le bestiaire du voyageur se fera tout aussi circonspect par le monstre précurseur à la fin de la dolce vita, que par ses dragons sur les portails d'église, si l’un et l’autre n’ont pas des conseils à se donner. L’ordinateur les photographie directement, mais souvent ce sont les paysages qui gagnent le cadrage, â être discutés comme étant ravivés par le pixel, un plus de vivacité qui évoquerait les réanimations non nécessaires, indifférence ou nostalgie d’une naturalité mais laquelle? Un code de rêve d’éden naturel déplace le souhait de racheter ce réel qui tomberait en lambeaux puisqu’on nous le dit («pourtant moi, je la trouve belle la mer»), «faites votre code», et le bon, le poing et pied liés des rédemptions. 

 

A défaut d’explosion, ou de paysage, Katia Maciel prend au mot l’image plus réelle que le réel, préoccupation à l'apparence de numéro uno, y compris à la terrasse des cafés face à la mer. Hors du socle de l’immédiat, la pirouette de la vacance s'espérerait boucle, répétitive. C’est à partir de son substrat que l’artiste travaille. La répétition du film reprogrammé de l’ordinateur fait redéfiler indéfiniment une même boucle. On connait les perpétuités s’y bien incarner de la sorte, le travail obligé. Là, la situation est la même, et plutôt qu’une image encore vantant le vrai escompté, transpire d’une manipulation interne dans la durée du plan. En dispositif, de faire des châteaux de sable même dans des salles d’expo, le jeu propose et s’implique de faire «marcher sur la plage», par un double faisceau la reconstituant. Le spectateur y est invité, et à y rester, comme lorsqu’on n’a pas envie de quitter la plage, au voeu d’incrustation des enfants, s’incruster poussière et poussière d’être brulé par le rayon solaire. Chloroformer le tragique, à mettre le sablier du temps en boucle qui s'écoule sans s'écouler, sur des séquences interminables, se succédant à elles-mêmes. Ou à être pendu à une durée uniforme ici joyeusement transmise, s'étirant comme l’image de la réalisatrice se tenant des deux mains au dessus du vide d’une haute étagère de bibliothèque, image qu’on pensait fixe, se découvrant par des pieds bougeant légèrement en suspens alors que les mains avivent l’illusion depuis un bon bout de temps quand on le réalise. Les boucles des écrans du redondant des tautologies, et des voeux pieux, sont retournée des sens, il s’agit de boucler la boucle de ses étendues disjointes en curieux signaux de non avancée, de ne jamais voir arriver quelque chose qui oblitère le changement, supplice mais aussi imaginaire de manipulation à proscrire le tel quel. Retarder au maximum la prise des choses, non pas en dénégation à regarder le virtuel à l'inconvénient d’être né, mais dans cette façon d'étirer le concept, aux aléatoires d’expansion, verticaux dans ce cas, à ne pas lâcher, trouver dans le dispositif une respiration aussi proche de l’absence que trafiquée pour permettre la durée (le vent dans les arbres monté comme un soupir de l’arbre, un gonflement de ballon), «ni début ni fin». La réalisatrice invite à tourner le dos, encore une fois, en insensé voyage, déjà fini et pourtant aléatoire de continuités, tourner le dos même historiquement à une histoire des loisirs, du voyage, de la consommation du site, fantasmes à la peau dure. D’autres échappées paradoxales de temps, et des bains risqués au coeur des fléaux, en de curieuses assemblées de peaux et de bactéries. Mutations.

 

DSCN4120.JPG

("street art", rue de la Bidassoa)

 

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