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26/10/2014

Glaces d'âges -2

« -Comment vous voyez-vous dans 20 ans ? » « -Vieux ». La réponse de Vincent Macaigne à Axelle Ropert, dans un petit film à la fin de l’exposition Truffaut, des comédiens et comédiennes qui s’essaient pour l’occasion à « comment être encore truffaldien ? », s’entend à l’honnêteté des matins qui commencent à coincer, et au laconisme en pleine face. Comment se voir à l’avenir? Il y a bien ces procédés numériques qui permettent d’apercevoir les traits en plus âgés, qui amusent particulièrement les enfants. Le visuel renseigne peu sur ce qui sera au passage. Antonio Tabucchi, dans une vidéo de l’exposition qui lui est consacré à la bnf, aime à contrario imaginer un autre temps pour une autre parenthèse de la vie, lié à d’autres impressions d’un autre corps non encore advenu, à l’angoisse parallèle de ce temps qui vieillit de plus en plus vite. Il répondait quand on lui demandait comment il écrivait, qu’il commençait un ouvrage qu’il ne finissait parfois que plusieurs années après, quand finalement il avait rattrapé ce temps imaginé, ce corps de quarante ans puis de cinquante ans. Comme pour Jacques Sternberg, le temps perdu n’était pas son dada, car trop de conséquence ; la friction d’un corps et des impressions hantent autrement les avancées de ces personnages fantômes qui semblent si proches dans ces romans, face au néant et aux pertes. Plus qu’une projection, quelle influence ou relation aura la durée sur ce qui aura la chance d’advenir, puisque nous ne sommes plus les petits derniers depuis maintenant longtemps ? Euphorie d’un autre jour et « dysphorie interne » (Tabucchi), comment le nous dans tout cela, entre les clichés, les répétitions et ce temps ouvert qui est là même quand on ne le remarque pas, qui se met à bouger parfois à une chamane chamade, aux écarts d’une intériorité recouvrée ? 

Dans son coin, le biopic raffole d’enfiler les âges par les séquences, souvent en lien de causalité (pour le James Brown, l’enfance douloureuse expliquant…mais pas vraiment en cinéma). Le personnage légèrement autre de sa propre vie, s’entrevoit en exception. Chez Bonello, peut-être dans son Saint Laurent, surement dans son Tiresia, l’image d’une durée magmatique, proprement au littéral du magma, bouleversait l’identité d’un genre en transversalité de lieu atypique, de rencontres. Chez Hpg aussi, des questions qui fusent sur le devenir, depuis on ne devrait pas exister, bientôt à son nouveau film. Que transforme cette poussette à deux places avec laquelle il arpente des rues du onzième arrondissement? Des lucidités, l’humour sur et à partir de soi, «je suis de mon coeur le vampire» (Baudelaire) ?

Au sujet de la vie compilée, le cinéma a des armes. Pour les signes de la passion, les stigmates de la durée, quand il ne se limite pas à l’exposé de « la petite histoire » (jlg), celle qui chemine à côté de nous. Jean-Pierre Thorn résume une vie, celle de la militante Georgette Vacher (je t’ai dans la peau), à l’intensif d’instants vécus, et non aux récits des moments représentés. Plutôt à l’impensable vécu à travers la passion (quitter les ordres pour le pc, aimer un prêtre renonçant à son célibat, être exclu du pc, se suicider). À travers aussi une rage qui demande des comptes dans la nuit noire, « qu’est-ce que vous avez tous ? ». Et pour cela, une comédienne, une plage des calanques, le mistral, le colossal d’une machine sont particulièrement façonnant de l’intime, aussi bien que la chiroplastie cherche à signifier le reflux d’un temps aux tempes grisonnantes, le tout en moins de deux heures. Quand le passé et l’avenir ne sont pas complètement départagés (Shefer), la part aveugle de ne pas voir complètement tous les contours se déphase aussi de l'étrangeté dans les corps. « La mort effectue un fulgurant montage de notre vie »; d’apparitions ou de rêves trop beaux, aussi si le fantôme l’emporte et que le cinéma est fantôme de fantôme (Tabucci), et qu’une des expériences loge dans celle passive, au mieux passible, de spectateur. Dans violence et passion, le trop tard était irrécupérable, le suffoquement des derniers souffles maintenaient les cadres, en particulier à la présence irruptive de Lietta, avec en même temps dans le plan, non pas en succession d’âge, une ambivalence de l’image comme chosifiée du passage. 

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