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09/11/2014

Images en monologue

 

Une dépression de bonheur. En apparence, le sujet du dernier film de Cavalier comme il le libelle dans une lettre, sensible de forte vie, en sacrilège contraste de réunir les deux mots, les deux images, quand on se souvient de quelques suicides dans sa filmographie antérieure, ou de vue empêchée en cataracte.

Le rapprochement, d’abord en écriture puis en présence en train de filmer, accompagne tant il est réaliste de ce qui s’abat en joie. Quand tout lâche mais dans le sens de la légèreté. Une dépression, pour sûr, comme quand on prend toute la flotte d’une ondée et qu’on se dit que ce n’est pas possible, que le sourire l’emporte à un incroyable du trop plein qui démonte. Des rêvasseries de spectateur, quand on pénètre dans la salle de ce dernier film. Car aux images, il semble que ce n’est pas tant le cri déflagrant qui va sourdre du noir, que l'ébauche d’une recherche avec une réconciliation non prématurée aux choses. D’étranges plans parmi d’autres, où rien n’est filmé que l’arrondi d’un objectif à son opercule de fermeture, décrivant juste une courbe dans le noir, imagée des dômes ou des sphères, profilent l’absence à une dilatation des instants à l'écoute des «temps morts». La voix dans la bande son a été modulée pour être très proche, aux sourcillements intérieurs des cheminements à guérison de rapport au monde. Les plans affrontent le regard de celui qui filme à l’accueil de l'extérieur, en cérémonial. Pour Van der Keuken, face à la maladie lénifiante, quelques plans, au cours d’une montée, recouvraient une soudaine amplitude de vie puissante, face caméra à une souche turgescente; le «voir la vie» passait dans le plan à un souffle entendu de concert de présence arrachée, la sève dans l’image écartant l'étau, faisant virevolter ce qu’il a dans le ventre «ce blizzard» qui pointe son nez irrémédiablement. Chez Cavalier, c’est dans le coin d’une réception interne (les cachettes, les angles de chambre, la sépulture spontanée et entretenue pour un animal mort)  que le réalisateur a l’air de placer des expériences percluses d’’intériorité si souvent d'empêchements ou de doutes (le mythe d’Ulysse restorystellisé à des questionnements comme les enfants se racontent des histoires avec leur mots à eux et leur logique), mais qui partiraient vers une autre dilatation, celle de la félicité, de déloger un présent à un écrit de blasonnement d’un réel, à travers l’image.

Puisque le réalisateur est empreint dans ce moment de sa vie de filmer l'écriture, en «filmeur», il remonte aux sources d’un enseignement, celui qu’il a connu des langues mortes, à leur apprentissage pour lire les grands textes, le grec pour Homère, le latin pour les Evangiles. Le gout de la vie en passe donc par des prismes de traductions et par la problématique de ce qui pourrait faire lettre vive aux contact au dehors. Traces face à la mort, monologue écho aux absences. Dans le titre même, il est question d’immortalité et de lumière intérieure, le terme ne peut éviter ce que la religion à gogo nous assène. Le réalisateur l’éprouve en filmant un rollmops dans une assiette (tout à un intérieur), en même temps qu’il se rappelle l’instant lorsqu’affamé si totalement, lors d’un chiche de la vie, avait été exploré les vapeurs de lumière à tout un être retrouvée d’une onde (pas le meilleur plat, pas celui qu’on déguste, mais celui qui frappera la mémoire d’une harmonie soudaine). Le rollmops avalé à un tel souvenir est associé de la lumière, en parallèle de deux autres grands moments, la première fois de l’expérience sexuelle, et tout enfant, la communion première. Et c’est là que le film peut dérouter, ou du moins faire entendre un aspect biseauté de tous ces rapports, qu’il appartient seul à Cavalier d’introduire, de cette génération de quelques pères, pour lesquels la chair est intimement liée au procès des révélations, des péchés et des formes de transgressions, ici dans l’association. La résurgence de l’arbre est filmée en quelques résonances à la fameuse résurrection de nulle part. Les foyers de citation ont l’air délies de leur fin et de leur stricte domaine allusif, puisqu’on en passe par les jouets aussi bien que par les masques tribaux. Déliés, en questionnement d’éternité et d’infinitude, dans ces histoires de miroirs que sont aussi bien les grands textes que des images faites chez soi. Pas sans objet, car il s’agit de voir si la mort ou la vie gagne. Le gout des listes est dans l’optique d’une autre parole, à savoir qu’est ce que ces titres de film peuvent signifier si on les met ensemble, ou comment six rendez-vous signifiés en pliage papier peuvent rappeler quelques souvenirs ou quelques comptes face à la totalité des instants. On n’y croit pas vraiment à chaque instant mais c’est comme une politesse instaurée à une curieuse sonorité de retrait, parce que la fête n’est pas de tous les jours, et que l’abord s’entrevoit aussi de maladresses, de fausses sonorités incarnées. Selon une correspondance de circonstance extérieure et intérieure, aléatoire et aussi en caisse de résonance de ce qui ressemblerait alors à un dialogue, entre les cuts, possibilité de dialogues (être deux) entre les choses, le robot et la feuille luxurieusement verte. 

«La roue du temps est petite et étroite, la roue de l’éternité est très grande et très ample: néanmoins, la roue du temps  renferme et fait tourner en elle la roue de l’éternité» (P. Antonio Viera). La réflexion trouvée en incipit d’un ouvrage d’Eugène Green est là pour dans son texte introduire l’anachronisme de la  présence d’un chevalier, perdu dans une époque moderne, en désaccord parce que ses actes héroïques, «défendre l’honneur des femmes et des chiens» paraissent d’autre logique antinomique à l’immédiateté. Par le prisme d’un cristal taillé de multiples surfaces de réception, Cavalier mène à sa manière chevaleresque une autre voix de l'écrit par ce qu’il filme, comme il y a de si différents chevaliers chacun à sa façon (parmi d’autres chevaliers modernes, une vision face aux reliques de la mort), dont la doucereuse phrase intérieure n’afflige pas et sait égarer en changeant de sujet, comme si dans le plan, on partait avec l’appréhension des choses rétractées, petit oiseau face à une forme  d’immensité, mort ou ciel si contaminants.  

 

 

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