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11/12/2014

Coupure(s)

                         D’autres collections sont mises en ligne, les images archivées intimident de leur nombre, leur classement stupéfie l’usage dans les rets de Méduse. L’Histoire en «stase». Le poids du stock ne se justifie pas tant de l’apparente disponibilité permanente du fonds, qu’il semble tirer quelques ressemblances à l’excédent que redoutait Montaigne pour les déjà imposantes bibliothèques. L'accessibilité se désignerait du voeu de mettre les multiples images en mouvement de nouveaux rapprochements, aussi elle forme ce sable mouvant recouvrant d’indistinction une présence. L’accessibilité à l’excédent, avec la superbe de l’annonce moderniste de plus value, rappelle le rêve avide très vide des utilités, se justifiant de l’ingéniosité et souhaitant prendre les raccourcis de l’histoire. Quand on lit excédent, on lit assez vite balance et compensation qui sont autant de misère entretenue, expédiant, omniscience, ouf les containers pourront servir à des logements, ouf? On ne sait plus trop si le terme d’image convient au surplus et n’est pas quelque peu maladroit, pour ne pas dire autre chose, d’absence aussi statique que des réalités sociales paraissent entretenues en l’état, pour et d’excédent paralysant tout glissement d’optique, comme l'image d'une précarité est aussi vite validé au discours.

 

Mohamed Bourouissa titre une vidéo sur Paris, légende. Des vendeurs de cigarette à la sauvette attendent à des angles d’escaliers, au métro Barbes. Dans le flux de visages, flux si particulier à cette station, des yeux quémandent un paquet. L’attention du film se resserre sur les hommes qui sont plantés à attendre. La revente de la contrebande troque son gout d’aventure à des paroles vitales sur ce qui a été écoulé et sur le devenir d’un euro qu’une voix doit à un autre. Le souffle embue les caméras portées dans les manches, à un affut. Le dispositif souligne la débrouille, une légende moins usuelle que l’apparente santé de la ville, en échos d’un trafic, à partir d’un rébus à l'excèdent, aux airs malaisés des poches incertaines. Il ne dénonce pas, il suit les attaches du réel. Ces attaches qui font que la nuit devient l’objet d’arriver coute que coute au petit matin, dans ce film fort d’Ilham Maad, Noctambules. Ou de ces attaches décrites par Nathalie Quintane, dans montages du XXIème siècle, à l’envers du conditionnement économique (les réductions de têtes), le sans conditionnement, encore sans énoncé et retardé du contrôle, interférence au catalogage des flux. Les bandes passantes, y compris les moins conscientes comme celles du sommeil, rendues par Ismail Bahri (Khiasma) aux détails grossis d’une image, pixelisés et parcellaires, sur une matière de plus en plus flottante (dans les linéaments de son exposition), s’invite à reconnaitre le vent d’une errance, à une froideur de couloir de ce que sont aussi des passages, en transit et en survie, d’hommes ici. Les films montrent avec le peu d’images à une sortie de métro, ou des bribes récupérés (et triés et articulés précisément) qu’une légende ne fait pas que résister mais s’organise autrement, peut-être dans le sens deleuzien de fabulation, plutôt sans aller jusque là, dans la parole du jour, sur et avec l’air flottant des courants. La sortie n’est peut-être plus celle que de la crise, mais la sortie au jour, à ce seuil flouté vers des choses pas seulement vus de loin, à un ensemble, à un r-approchement, «sommes-nous Halles?» (all?) (M.Bourouissa).

 

Hors de l’opposition excédent/excédé, Nathalie Quintane interroge une forme, le cut-up, à travers quelques expériences récentes recensées, en une perspective pour elle significative, se démarquant clairement du rapport capitalisable à l’expression artistique, cette fois dans l’à-plat d'éléments rapprochés, des images mises si à plats qu’ainsi elles marqueraient peut-être l'évidence. Que pourrait le «cut-up», à lors actuel? La coupure est plus que jamais dans la soustraction. Le sens de quelques images ou phrases mises en parallèle, ne se lient plus trop au récit. Plus que le copier coller de l’expédiant de reconnaitre des identités, la coupure est pensée à partir d’un montage ne craignant pas la déficience ou de sembler moins opérant, de son effet habituel ou de son discours, à ne plus porter. Un bon monteur selon Michael Powell, glané dans un autre ouvrage de montage: avoir «l’oeil du faucon, la mémoire de l'éléphant, le coeur de granit». Des qualités animales («le non humain animal est-il un inhumain?»). Si la paille contamine l’oeil, que la mémoire se lézarde à reproduire les fissures de certains murs, et que le coeur n’a pas toujours le choix de son affect ou de sa vigueur, les sorties à l’image comme à l’extérieur se débattent à l’air, à une vacance implicite qui ne reflue pas tout possible, comme dans a capella (Lee Sujin), où apprendre à nager devient la condition pour un jour, quand il faudrait repartir de zéro, pouvoir au moins d’un mouvement se donner une liberté. Il semblerait qu’il n’y ait pas que le cut-up qui taillerait dans l’infini pour un autre rapport à l’infini: les rapprochements de quelques tentatives de films, comme cités, sont aux frontières des résonances, plutôt elles sont des temps de latence silencieux avec dans le même mouvement, des combinaisons, «la combinaison de quelques mots suffit parfois à orienter notre vie» (Tabucchi), la combinaison de deux images, celle de deux sons, de deux paroles, le zéro et un dehors, non le zéro et l’expédiant, le zéro et le un  une condition du numérique comme image d’un extérieur («ton extérieur est numérique») à peut-être assourdir les angoisses en un présage différent; d’avec les coupures, courants et sens. 

 

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