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04/10/2013

FIDEL 2013 : de la lutte sociale contre le racisme et pour l’égalité des droits

 

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Le FIDEL 2013 a débuté sa marche en avant. Et les houles indifférentes noient les hommes : - quel serait le plus profond et impénétrable entre le fond marin peuplé de sirènes occidentales et le cœur noir des humains ? – hein Maldoror ! Les cadavres s’entassent sur les quais, et au Palais de la Porte Dorée, en une cérémonie rituelle, les festivaliers goûtent la cuisine érythréenne en sacrement, délicieuse et en corne d’abondance. « Ceci est mon corps livré pour vous ». Le festival s’est donc ouvert dans un mélange de joie et de douleur : entre les 1500 films de la médiathèque Abdelmalek Sayad et la salle Philippe Dewitte, le mythique rédacteur en chef de la revue pionnière Hommes & Migrations, un temps basée dans le 20ème arrondissement de Paris. « La Marche » du jeune réalisateur belge Nabil Ben Yadir – produit par EuropaCorp – a animé de son souffle chaud, empathique, l’exposition – magnifique - des photographies prises lors de la fameuse marche contre le racisme et pour l’égalité de l’automne 1983. Le personnage de photographe joué par Charlotte Le Bon s’y incarne et passe le relais à la fiction, au romanesque. Ce long-métrage a sans-doute bien des défauts : une montée inévitable au cours du film des bons sentiments, une évocation sépia d’une époque visant à séduire les familles, sans enrager les cœurs et éroder les 60% d’hexagonaux prêts à cracher sur plus misérables qu’eux, prêts à légitimer une identité illusoire aux dépends de quelques restes de populations poubelles (voir à ce sujet la première séquence glaçante de La Vie Domestique d’Isabelle Czajka). Pourtant, le film a le mérite d’inscrire cette épopée dans l’histoire de la lutte sociale, en événement qui compte; il rappelle que « les marcheurs permanents » ont contribué à l’établissement de la carte de séjour de 10 ans ; il rappelle également, qu’aucun de ces militants pacifistes n’a ensuite adhéré au mouvement SOS Racisme, à cette « guimauve » qui contribua à fondre le bloc dur des revendications et à faire disparaître derrière un nuage de fumée la réalité des habitants au ban et sans lieu (de vie), telle qu’elle apparaît dans sa violence et pour la première fois dans la salle obscure chez Brisseau (Un Jeu Brutal en 1983 et De Bruit et de Fureur en 1987). Sous les dehors d’un récit d’apprentissage - l’histoire du  passage à la vie adulte, le roman d'éducation d'une sortie du quartier (en sortie de route et queue de poisson aux déterminisme) pour la vie sociale faite de compromis et d'autocensure -, il n’élude pas la récupération médiatique et le vide politique qui attend, à Paris, les manifestants : curieuse fin où la réception à la Présidence de la République vaut justement comme fin en soi, terminal, et surtout pour le spectateur contemporain des émeutes de 2005 résonne comme une impasse (le vote des étrangers restera collé au fond du carton). Renaud est défait au fond d’un verre amer. Au mois de novembre ou décembre, pour les 30 ans de l’événement, l'émotion sera au rendez-vous; quelle fRance rira et pleurera aux inventions burlesques de Djamel Debbouze, embarquera en basket conduite par la générosité d’une troupe emmenée par Olivier Gourmet et la talentueuse actrices Hafsia Herzi? Notons encore au jeu des correspondances, le rôle joué par le père Dubois qui, involontairement et Musée de l’Histoire de l’Immigration oblige, renvoie à la figure exemplaire du père Ghys le fondateur des Cahiers Nord-Africains et de l’association AMANA toujours vivante. Alors, il ne suffit plus, Madame la Ministre, Madame George Pau-Langevin, députée de ce 20ème arrondissement irrigué du sang des Manouchian, de la rage des poètes le pavé battu pour curriculum vitae, ou le cœur fendu au fond d’une pompe retapée par Maurice Arnoult, de dénommer une rue Frantz Fanon, de citer Kateb Yacine ou Toussaint Louverture, même si cela est bon à entendre, mais bien de se taire dans le babillage incessant des médias, d’éteindre la télévision, d’interroger ces hommes et femmes le haut du corps plongé dans les bennes à ordures de la porte de Montreuil, d’accueillir cet autre marche autrement que par une moue médiatique, de les écouter et de proposer :

http://www.npa2009.org/node/38988

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01/10/2013

FIDEL 2013 : la marche en avant

http://www.lefidel.com/

Le FIDEL débutera ce jeudi. L’occasion de poursuivre nos marches individuelles et collectives, et d’entrelacer les divers chemins urbains en une carte du tendre jusqu’au Palais de la Porte Dorée. La sympathique équipe du festival sait y recevoir. Marcher est un geste politique ; un geste politique fort qui peut accompagner et même suppléer la prise de parole - marcher sur toutes les Bastille. Marcher pour perturber l’espace de circulation, rencontrer les populations, agréger des voix et agiter des étendards, apaiser ou enflammer la colère et l’esprit. Le caméraman militant, de rue (pour le distinguer de celui de plateau, occupé à capter la « torture » de quelques actrices) est un élément de ce collectif, mais rares sont ceux qui, comme Anand Patwardhan, ont en fait le moteur de leur cinéma, d’un questionnement général - l’histoire des hommes et des sociétés - et particulier – le surgissement des événements. Rares encore sont les cinéastes qui ne se contentent pas – carte de presse en bandoulière – de papillonner autour des marcheurs, les devançant le plus souvent pour mieux les prendre de front - mettre au pas plutôt qu’épouser le mouvement -, mais filment littéralement, à l’exemple de Rachid Djaïdani (FIDEL 2012), aux rythmes des enjambées. Marcher, c’est aussi prendre la première sortie, la poudre d’escampette (s’échapper de prisons, parfois intérieurs pour les victimes d’amnésie qui rompent définitivement les amarres) – jusqu’à la mort même : trouver pour Walser au bout du bout de la tourmente et pour l’exilé dans quelques houles, dans les innombrables pièges d’un monde sans « home », sans foyer, hostile. L’occasion est donc offerte de découvrir le moyen de « vaincre le capitalisme par la marche à pied » (Walter Benjamin), et d'approfondir les propos tenus par Tariq Teguia (dans la revue Dérives), de réfléchir certaines séquences de ses films : "Dans le film (dit-il sur Inland), les activistes politiques arrivent à peine à dépasser le cadre de leur cellule, la membrane de leur cellule. Voilà pourquoi peut-être, à la fin, on les voit s'évader et faire de la marche aussi, de la marche rapide, voire de la marche forcée un mode d'action politique. Peut-être qu'il fallait justement aller haranguer, marcher."

« Je ne puis méditer qu’en marchant et ma tête ne va qu’avec mes pieds » écrivait Jean-Jacques Rousseau, établissant d’un coup une distinction entre les tenants d’une raison abstraite se réchauffant au poêle, accrochés à l’espace clos et calme de la chambre ou du bureau et les penseurs qui ne peuvent ignorer les sols, l’environnement, une existence précédant l’essence. Autant de possibilités en autant de séances de questionner cette limite et d’autres : entre les deux rives de la méditerranée, entre les genres ; et de se défaire des enfermements et des oppressions. "... recommencer le monde au milieu du monde puisque l'amour, puisque..." (Tariq Teguia).

FIDEL2013.pdf


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