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05/09/2014

Moiré

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Il est agréable de déambuler à la nuit dans le square de la butte du chapeau rouge, de s’y laisser guider par l’apparente ambiance festive et décontractée de pelouses prises pour quelques verres partagés, d’arpenter le sentier rythmé de lumineuses roses phosphorescences donnant aux arbres de curieux flamboiements de plateau, d’en apercevoir d’autres enrubannés de papiers peints à motif de pellicule, de découvrir la toile blanche à ciel ouvert, masquant la fontaine toujours audible en contre bas, grandiose devant les lumières de la banlieue proche en toile de fond immense, bref de retrouver le Festival Silhouette, avec ces fidèles qui reviennent chaque année, « Pepette » dans sa chaise roulante, d’autres groupes plus anonymes, avec quelques fumées dans le rayon de la projection, à l’extrême limite des vacances, débordant même sur la reprise, rappelant joyeusement les initiatives d’été où d’autres écrans en fanal d’obscurité ont ici ou , lors des nuits plus chaudes, été hissés, gonflés. L’ambiance est assez ambivalente d’une continuation de vacance, comme si le désir de l’association renard urbain était entendu d’investir les lieux extérieurs d’une présence participative à l’instant. Ce n’est pas le seul festival qui propose la projection en plein air à Paris, mais celui-ci peaufine sa sélection de courts métrages en découvertes, et possibilités de premières visions. Des films déjà primés, d’autres bénéficiant d’une exposition choisie. Un court, parmi les soirées, pourrait se confondre à un retour de vacances, d’un projet en concordance au temps auquel il est montré, si on oubliait le long temps du montage, comme on a des photographies en revenant des destinations. Attraversare Roma d’Aude Fourel.  Que pourrait-on voir ou encore ramener de Rome ? Quel réel, quelle illusion (comme le thème du jardin de cette butte foulée) ? La réalisatrice tient l’indécision des deux par des séquences qui doivent correspondre à des durées de bobines, qu’elles mixent d’un univers sonore aux pistes multiples, sons assourdis, bruits, sons enregistrés ailleurs (gares, musées, rues), références filmiques et musicales. Cette matière mêle le souvenir, le rêve, à une incertitude quant à la possibilité d’une visibilité du présent. Elle le rend aussi non assuré que flottant de perspectives, avec ce noir et blanc poussé par les lumières de chaleur ou de nuit. Suivre un dos d'une jeune romaine dans sa quotidienneté de se déplacer en bordure d’une route sans trottoir est travaillé pour être perçu d’une perspective à un commentaire de tableau du Caravage (enregistré, on imagine, à un musée romain) avec une allusion aux pieds suspendus, mixé conjointement à un témoignage en langue romaine sur le fichu mal au pied de celles qui ont trop marché toute la journée, voire longtemps toute une vie. La « théorie de la carte postale » poste la singularité du témoin, ou du passant; là le film suppose le voyage à ce qu’il voile, à une image qui espère le rêve en fonction primordiale « des structures communes à la vie quotidienne et du genre fictionnel le plus condensé » (K.Roos), inquiet du réel, ni dépendant purement du documentaire, ni prenant en otage de conter une fiction à ressort  émotionnel. L’artialisation passe par le son, l’image est esthétisée du noir et blanc, et du cadre, déjà basculant l’actualité enregistrée. L’ouvrier qui aspire les pièces à la fontaine de Trévi a la tache de remettre les compteurs à zéro de la «ville marque» (Michael Foessel) qui doit redevenir tous les matins vierge pour les nouveaux assaillants touristes, de l’Histoire en perfusion de contremarque à spectacle. Antagoniste, le rêve d’Aude Fourel s’associe aux pertes, à l’absence de visible, et de façon tout aussi délinéarisée, à la passion au milieu d’une circulation terne, ou au chant partisan stéréotypé révolutionnaire lorsqu’une femme étend un drap blanc, dans une expérimentation de faire advenir quelque chose de précis en fonction de références mais aussi de nouveau à faire voir un présent de la ville. Le nom d’Eric Rondepierre accompagne le générique d’une connivence de réalisation. Des oiseaux passent devant l’écran, le bruit de l’eau n’est pas que celui du film, le film paraitrait en collage d’une autre réalité urbaine, dépassant la réalité expansive recherchée des techniciens, « par la dilatation du temps, à l’émergence de signes situés entre deux » (Rondepierre).  Court métrage qui ne parle pas mais qui a une voix. Qu’on a envie de soutenir. Et pour soutenir l’association organisant le festival, il faudra passer sans se faire bien prier, comme on nous y invite dans le discours de présentation, par la buvette (riche concept). Encore ce soir et Samedi.

 

Reprise de vues, à suivre:                            http://lederniercoquelicot.hautetfort.com/tag/festival+silhouette

 

 

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31/08/2014

Fin Août

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«Chouette, un serpent!». Voir un serpent dans la nature, si la fiction a eue l’habitude de le signifier en panique, est si rare qu’on s’en réjouit à une chance, comme de voir un renard prompt à fuir dans les hautes herbes. Quand le serpent est nuage, le phénomène devient subjectif d’être subjugué par le panorama, des paysages alpestres vus du dix neuvième siècle de grands spectacles de la montagne dévoilée. Les tabloïds argumentent les nuages en suspicion, mauvais irréel, dangereux; le personnage joué par Juliette Binoche (Sils Maria) voudrait dans un autre sens la beauté de l’incertain, une beauté comme un regard venant de loin de ce passé, puis quand c’est possible par les climats, n’est même plus sûr que cela soit cela le serpent légendaire formé par les vapeurs. Enfin quand cela semble correspondre et que le nuage tend au visible, un mouvement du film propose une injonction silencieuse à accepter une disparition, du phénomène à un personnage. Ah que le temps s’effiloche, devrait-elle scruter l’âge au cotonneux innocent du nuage, se dilatant, se déversant dans la vallée d’un noir orage, ou toujours en promesse, procès d’aérien si le regard plonge à sa sérénité d’accepter de scruter les choses en face, mais toutes ces métaphores sont subtilement évitées, aérées. Le réalisateur livre-t-il des clés sur la puissance du hors temps, l’assistante est-elle une projection mentale de l’actrice réputée ou réelle d’un avoir lieue à une confrontation, la répétition de la pièce est-elle si poreuse d’histoires conjointes, l’interprétation s’y perdrait, à une façon d’égarer ni dans le fond de l’eau des types, ni dans la clarté de se laisser voir, plutôt à l’entre deux eaux, et en traduction de ce temps crépusculaire si affectionné par le réalisateur, tiens, c’est déjà fin aout, la vacance étirée sur un laps sondant le poteau d’angle pas loin. L’apparente présence du maintenant, et du passé, sont contrebalancé en doute par l’évanescence suggéré par le style de film, avec ces fondus au noir, les plans non déroulés jusqu’à leur terme, mangés, les scènes empêchés de leur bout, leur accomplissement, leur bout à bout dans le montage au malaise des actions, remise en question, regard en miroirs. Les formulations complexes, accepter de se dire ou d’entendre, comme chez Mankiewicz («problématique à la limite de lignes enchevêtrées de l’interaction» Deleuze), paraitraient en demeure d’exister face aux instants T, flottant de ne pas décider de statut aux perceptions internes ou externes, faisant songer véritablement aux séquences étirées du cinéma hongkongais dont on doit à Olivier Assayas d’avoir fait passer ce cinéma, en projections et en lectures. Le film est complexe, l’immédiateté plongée dans des eaux, en parage d’une angoisse sous l’apparente maitrise, peut-être sous la totalité à l'ambition d'étreindre et contraindre toutes paroles sur/des images (à être en total partage avec le rôle de Kristen Steward, de sa présence terrible dans les brumes à ce qu’elle défend d’un personnage de grosses productions, donnant au rire de Binoche le mépris de la mise à distance, mais ce serait déjà penché, hors du système du film, sortant de la durée). Les séquences tissent leur contraste lorsqu’elles distillent des gestes qui dépasseraient les personnes et l’obligation de perception visuelle, dans quelques plans à volonté d’être perçus attrapés à la volée, comme de tendre le cou pour boire un verre alors qu’il faut partir vite, jusqu’au bout finir ce verre de Laroze en un détail qu’on peut imaginer voulu à la mise en scène d’un personnage, à sa manière de boire en rapport au temps (les détails de composition comme au théâtre, comme les notes précises du théâtre de Shakespeare relu par le couple déçu par une représentation au début d’une femme douce) en même temps qu’un gout fort, note à l’intérieur du déroulement, message au mutisme d’effet, au milieu des communications. Le serpent invisible/trop visible en couleuvre à l’intime. «Et ils s’échappent dans le ciel avec la corde du jour» (Thomas Vinau).

 

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24/08/2014

Orages du possible






 

Que serait-il/elle devenu(e) si elle/il n’avait pas pris cette direction, ou si il/elle pouvait marcher à reculons pour continuer à profiter de ce chiche soleil trop rare, bref si l’on pouvait tout vivre à la fois, l’avancée, le recul, le choix fait et celui qu’on aurait pu/dû faire? Parmi tous les mondes. Le vertige des possibles se construit de sédiments à arborescence, qui ne personnifie pas en incarné visuel les schémas de scénario à l’infini, mais inclut perpétuellement ce qui est perçu du monde, ses exclusions, ses douleurs, des mouvements aléatoires, dans la tête. Comment rendre visible le virtuel, du moins tous les revers à une force qui signifierait autre chose de sa plainte? L'étrange histoire de Benjamin Button rembobinait l’accident d’une héroïne à l’enchainement délétère de tous les détails ayant mené au choc tragique, le chauffeur de taxi s’il n’avait été retardé par son lacet puis par sa femme, n’aurait pas alors causé le dommage irrémédiable ; l’accident était contingenté à ces détails de la vie en torrent visuel collision de deux parallèles. Alors que le vertige des possibles se ronge le sang du virtuel de toutes vies, en conjonction d’espaces, loge difficilement la faille de la trame numérique aux perspectives qui hantent un esprit en déambulation, dans ce que le monde atteint au-delà de tout, des visages croisés qui en disent quelque peu. Cela en constitue la maladie du monde, perclus d’insomnies ou d’errances qui s’ignorent comme telles, misères et éclats portées au regard en incidence, palpation d’un parcours à l’excès d’une voix errante. L’absolu de tout saisir tend le flux résiduel du monde à des étreintes qui le vont s’entrouvrir à d’autres latences, une musique lancinante du passé renaissant se déploie sur la grande ville. Les séquences s’arrangent en leitmotivs serrés s’ouvrant et se fermant à des paroles intérieures, ayant l’ambition de signifier toutes les pistes possiblement vivables et traduisibles, tous les précipités de solution à des semi accords relatifs avec le temps. Il y a cette image fabuleuse où le virtuel (les différents choix) se confond avec la suite de ce qui aurait ou aura lieu dans la soirée vécue, image accélérée tacite de multiple et d’un confondu, se posant la question en saturation, explosée d’un trop plein de vie contenue. La page blanche, celle pour l’instant demeurée vierge pour la fille du film, est saturée de ce verre qui ne déborde pas ; l’écriture ne se déclenche pas, mais se peuple, du dehors « calligraphie-moi », Michaux et ses idéogrammes, là le plan de poissons en bandes fait l’effet d’une même peuplade au cœur du plan en page non écrite et pourtant bruissante. L’incantatoire discute le magma intérieur. L’expérience parie sur des signes indéchiffrables dans la nuit, en radiographie de chercher loin de soi quelque chose qui fasse écho au trouble des échecs, des revers, des choix, la disjonction en chaleur prise dans les glaces du monde, ou froid face à ces chaleurs apparentes. «Et dans chaque gouttelette la rumeur de la mer entière toujours un pli dans le pli comme une caverne dans la caverne» (Pazzottu).

 

 

 

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Touchée coulée par les asphyxies de vies, ramenée à son expérience des choses lacunaires, non dites, non devinées, au milieu du labyrinthe d’une marche cyclique (rythme du film), une avancée: quelques portes s’ouvrent, quelques comptoirs augurent des pauses, mais surtout une nuit particulière, de réconciliation avec l’ex, bouleverse les fuites à une suspension « et s’il ne fallait pas prendre des décisions dans le passage ». Au montage coupé à la violence d’un orage, à son ampleur de déflagration, pendant que des corps se redécouvrent charnellement, filmés comme chez d’Agata, en manipulation de la vitesse au plus proche du lit, la passé s’oublie affleurant à ce qui se contraste et se concilie dans la foudre traduite. «Un avènement enfin: cette peau». La pétrification du monde de tous les possibles est transvasée dans une forme détonante où il est demandé comme un sésame à l’autre de devenir l’«oubli de ton oubli », encore plus fort que les litanies des « si » évaluées en rapport gain/perte, dont le personnage miroir, assise à côté de Vincent Dieutre, émettait des paroles à la terrasse d’un café, songes de rencontres. L’orage donc, en une rémission, explosive et temporaire, d’un mal, convalescence des lumières et des apparitions à un plein. On se souvient que chez Ange Leccia puisqu’il nous convie chaque été à le redécouvrir avec bonheur, comme la réalisatrice du Vertige des possibles, a convié chaque dimanche de cet été à venir voir le film vertige prolongeant la possibilité de rencontre au public, que le phénomène climatique est ce qui faisait la chambre noire, la pièce, que la condition d’une vision dépendait de l’éclair, quelque chose du voir était en jeu à la fulgurance d’un prisme, articulant le visible à une autre correspondance initiale. Pour Black Storm inquiet des bourrasques, la mise en image de l’extinction panique la fiction en signe d’apocalypse, en humanité qui n’aura plus sa place, le cyclone propulsant une dernière fois une voiture dans le ciel, dernier tour de manège. Alors que dans le dispositif de Leccia ou dans le film au vertige des possibles, une ombre s’infiltre aux déflagrations enregistrées, en parallèle de ce qui pourrait être audible dans le silence, en palpitation soudaine, à l’envers de la projection mentale, en retour du monde aussi incertaine qu’un éclair, altération du ré el (fp), des choses vers un retour. L’axe vertical déroutant. La lumière subitement contrariée dans son ton, fugace d’appartenir à un regard, en rémission passagère de tenir le tout à un rayon qui prendrait en son sein. Quels rapports à la déambulation initiale? Images de chantiers, blasons de blessures. 

 

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