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23/11/2011

Aude Lachaise : gonflée de désir

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Pour employer un terme, qui, dans notre modernité, a tendance à définir tout « rapport », le cinématographe et la danse entretiennent de longue date une relation; une longue longue relation qui remonte, les historiens pourraient le préciser, aux noces de la caméra avec le théâtre ou le vaudeville de l'autre coté de l'atlantique, et, pour nous à l'âme romantique, qui proviendrait plutôt des premiers comportements balbutiés devant la caméra, à une « enfance de l'art » dixit JLG. Cette relation, les spectateurs assidus l'auront remarqué, a repris ces dernières années du poil aux jambes; et sans déplaisir, nous assistons à un retour de la comédie musicale, comme genre tout d'abord, puis comme langage susceptible de contaminer une scène, un récit. Enfance de l'art, dixit JLG? Lorsque les individus furent conscients d'être filmés, instinctivement chacun a renoué avec la spontanéité de l'enfance, à eu tendance à revivre le passage au stade du miroir. Nous pouvons en recréer l'expérience avec les jeunes têtes brunes et blondes, qui, si nous braquons sur eux un objectif, soit, dans un sourire, adressent à l'oeilleton une grimace, soit esquissent un drôle de mouvement, un curieux pas de coté qui pourrait bien être le premier pas de danse. Les premiers mots de vocabulaire de l'homo-filmed seraient le burlesque et la danse, l'un pouvant aller avec l'autre. Chaplin et Astaire. Le rire et le pas. A l'aune des premiers sourires, ceux des ouvrières sortant des usines (aujourd'hui ce n'est plus qu'un souvenir sépia), on mesure la force de la posture étonnante des burlesques et parmi eux celle iconoclaste de Buster. Comme jamais nous nous lasserons de regarder le plus grand danseur du siècle passé; un danseur qui fut grand, non par sa virtuosité technique (encore que), non par son originalité (encore que), mais parce qu'il fut un être de cinéma, si complètement que son étoile surpassa les danseurs de chair et de plateau. Herzog dans son dernier documentaire, La grotte des rêves, remarque combien Fred Astaire est lié à une origine : le mouvement dans sa saisie comme mouvement, à un effort scriptural de la gestuelle, le passage de la marche (équilibre) au déséquilibre heureux. Enfin... comment la caméra n'aurait-elle pas été attirée par le mouvement des danseurs, comme elle fut attirée par la vie en mouvement? - laissons là ces propos de strapontin, poussièreux, obscures et oiseux... le Centre Pompidou surfant sur la vague proposera des réflexions autrement plus digestes (à vérifier) dans l'exposition qui s'ouvre : Danser sa vie. Notons juste, que si on s'en tient à la première séquence du récent Et maintenant on va où de Nadine Labaki le deuil aussi se danse, ainsi que la mort, on parle alors de danse macabre. Je n'oublie pas non plus qu'un enfant autiste qui se balance est lié de façon plus absolue encore au plus élémentaire du mouvement, à la plus essentielle des répétitions, à une très ancienne expression qui organise le chaos en cosmos, et qu'il y a dans ce un-deux, dans ce mouvement pendulaire, un immense défi lancé à toutes les agitations...

Bref. Coupe. Ellipse. Fin de la digression. Cette note avait pour objet d'attirer l'attention sur le spectacle d'Aude Lachaise : Marlon. Spectacle dont les représentations viennent de se terminer à la Maison des Métallos, mais dont nous espérons qu'il se poursuivra ailleurs. Aude Lachaise est danseuse. Elle aime les mathématiques et la poésie, ce qui intrigue et nous la rend d'emblée sympathique en ces temps où l'humour qualifié de « girly » par les magazines s'étend des planches de la bande dessinée aux planches des petites et grandes scènes. Elle est danseuse, et pourtant, elle parle et s'adresse une heure durant au spectateur dans un monologue précis comme un inventaire, surprenant comme le cabinet de nos petites curiosités. Le sujet : le désir (Aude Lachaise se livre à une brillante autopsie des mots cul et sexe). L'acmé de la pièce serait peut-être ce passage où s'allongeant sur le sol, notre jeune actrice/danseuse en laissant entrevoir la couleur de sa culotte désigne indirectement l'objet de notre trouble.

http://www.numeridanse.tv/index.php?option=com_mediacente...

Les mots, le corps, le voir. Le désir donc, et les prémisses de la danse (de séduction), que caricature avec brio notre poète mathématicienne... et païenne (comme indiqué dans le programme)! - Quel lien, quelle "relation" avec le cinéma? Et bien, jamais auparavant nous n'avions entendu de paroles aussi éclairantes et justes sur Marlon Brando sur ce qui le distingue d'un Robert Redford, des acteurs solaires, sur sa présence absorbante comme un trou noir, sur le désir qui semble le traverser...

... et puis, il y ces mots qui disent qu'un pauvre type sans talent, à force d'imagination finira bien par s'en inventer un. Pour notre plus grande joie Aude Lachaise, burlesque et danseuse, n'en manque pas d'imagination et de talent!

 

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