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19/11/2014

Déclic

Des équipements de voirie, comme des barreaux verts que l’on longe pour aller à l'école, ou des murs peints en rouge d’une impasse, pourraient avoir une fâcheuse aptitude à nous faire croire aux signaux, même colorés, des claustrations, de par trop de clins d’oeil à une négativité se rappelant au bon souvenir. Dans le dernier film d’Hpg, il y a des images et des mots lancés au dessus d’un abime, sans rien pour les rattraper ou les amortir, regard bien en face avec cette façon de dire «dis moi», aux autres et à soi-même. Au point qu’on aurait envie de lancer également une interjection au réalisateur, comme de l’autre côté de la rue, pour vérifier que tout va bien (car sous l’apparent sourire, les déséquilibres qu’il instaure laissent inquiets). Une interjection aussi pour râler que le film n’est pas assez projeté, repéré à sa forte valeur. Cet été, il avait été montré au festival de Locarno, avec Pedro Costa en compétition, après Sophie Letourneur et ces coquillettes, en bon présage, en même temps que la signature singulier d’un directeur en partance (Marco Muller). Actuellement, on peut le voir encore, après le Bastille la semaine dernière, à l’Archipel (10ème) et au Mk2 Beaubourg. Comment alors être redevable d’une séance comme il n’y en a pas si souvent? Et plutôt que de tirer la couverture à l'interprétation, garder l’estime à ce qui est déployé.

 

Hpg s'inquiète et inquiète. Dans le film, on le voit disparaitre dans des brumes artificielles d’un tournage qui n’aura pas lieu comme prévu, dans les circonvolutions d’un parking où est taggé le «coyote». Plus tard, un autre décor, de conte tyrolien, style «blanche neige», ne tient pas longtemps, malgré les efforts entrepris pour peindre les montagnes à l’arraché; il ne reste plus qu’à monter à l’escabeau et le «voir l’horizon» dénote de la pièce close, avec des éclairages étrangement à deux tons, aussi jaunes que de noirs diffus. Les contes, les fictions connues à l’avance, ne serinent plus leur façon d’amadouer ce qu’il faudrait accepter. Même la paternité. Comme s’il fallait accepter d’office les rôles de distribution. Comment font les autres? Aussi par rapport au travail effectué. Que penseront les "petits", plus tard, de ce qui a été fait, ou pas fait, mal fait, au risque d'être mal interprété comme une société fournit ces grilles de lecture à moralité? Y aurait-il encore une promesse d’avenir, comme évoqué dans une scène magnifique où une «fille de» est sondée pour savoir ce que cela ferait d’avoir un tel paternel? Les réponses se chassent d’humour et d’incertitude. On ne sait pas trop bien comment Hpg fait pour que, dans la même scène, la drague soit aux bords des lèvres aussi bien que des questions sur le maintenant d’une situation alambiquée, de malaxer ainsi ce qui pourrait être dissonance, entre les grâces et les impasses. Les chocs de questionnements fusent, avec une gravité à la volée qui revient aux plis de front, au crâne d’Hpg. Le « pourquoi on parle après et pas avant?» entendu au début d’un de ces films précédents, est débordé des suspensions, happening encore ouvert et qui déboucherait tout autant sur des mises à la porte nettes. L'anecdotique, il a l’air de le garder comme cela en apparence mais le plonge aussi à une brulure non apaisée, avec ce burlesque singulier qui tranche dans le vif, qui prend des coups et les accuse, réclamant le gong de chaque scène à ce qui va ou non se passer. 

 

Il parait que l’auteur du livre Bambi (1923), Felix Salten, n’avait pas son pareil pour ancrer des contes prenant des animaux pour figures, aux gouffres des nuits et des solitudes, et que par ailleurs, parallèlement, sa réputation de pornographe n'était pas à faire. Thomas Mann l’appréciait particulièrement, sans qu’il soit démêlé de quels bords. C’est qu’on peut être flouer ou flouter à partir de sa propre vie et passer par le trou de la souris (la porte au fond du couloir-entrée) tout autant qu’en imposer en stature. La dimension burlesque est de l’un de la carrure, être trop un que tous ces sens équivoques sont univoques d’emporter, au risque sur le carreau, aussi et surtout pour ce fils de

 

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Quand on remonte la rue, on pourrait être étreint de la vision de Wenders d’imaginer pour chaque visage un film en chair et en os, embrassant soudainement la subjectivité de la personne croisée, partir à l'écoute d’une intériorité (les ailes du désir ayant été reprogrammé récemment). A la sortie de fils de, différemment, il semble que de revenir des apparences l’emporte à une relation de terreur nue, antinomique de ces «90% de personnes» qui demeurent au plan des champs contre champs, même de l’imaginaire. Le «crâne déclic» d’Hpg se tare d’auguste véritable, aussi dans un moment de diner, lorsqu'il joue avec la nourriture (dans le discernement de Fellini entre les clowns blancs, lointains et distants et ceux qui donnent à rire de leur propre dépréciation, sans vraiment le vouloir, comme un miroir déformant, les Auguste, ricochant en cela les distances des autres). Max Linder avait à sa façon expérimenté le passage de l’amour naturaliste au burlesque virulent des répliques, des choses, des êtres, sismiques. Mais franchement plutôt que de toutes les récupérations,  Hpg avance sur la faille de l’inqualifiable, aux frontières des injures et des reconnaissances; fils de, sans rien derrière, sans l’adjectif ou l’appartenance, alors que des résonances sont entendues explicitement, dont la qualification change de façon permanente à des incarnations non feintes (dans le sens du diabolique chez Epstein), dont le meilleur serait d’échapper encore encore un peu, et continuer comme cela. Car de toute façon, il n’y aura pas de réponse définitive, c’est bien connu, l’extase et l’irrésolu, jusqu’au bout comme cela, «il n’y a guère que Bouddha, qui soit arrivé à passer à autre chose» (ppp), et malgré l’amalgame du physique, la nervosité en garde le réalisateur à des débordements d’un pathétique enduré (ailleurs une ritournelle de Benjamin sur la sexualité «ce qui est tranché quelquefois mais jamais résolu»: avec la compagne, dans fils de, en sonorité du côté de la vie). Libre de ces définitions, le natif? «Le bonhomme» est à la pointe d’une modernité, maniant l’argent gagné cousu de fil blanc, aussi radicalement qu’il avance sur un fil au dessus de l’abime. Comme on pourrait le dire à quelques proches, au souci des ornières délétères, parce qu’on espérerait que le peu des paroles évasives compte aussi, «ne changez rien»!

 

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