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19/04/2012

Tu habites ici?

Dans L’amour existe, le pavillon dit «de banlieue» en prenait un petit coup sur la tête: «c’est la folie des petitesses», et d’«une vie pesée en heures de travail». Le petit lieu paraissait devenir le mouroir des désirs. Le gris des murs prenait l’apparence d’une démission séculaire. L’idée de départ chevillait le désir de prendre un train sur le pas de la porte («qu’est ce qu’il te faut pour être libre? Attraper un train»wv). L’ode pavillonnaire de Frédéric Ramade tente à contrario le contrepoint enjoué de la perception de ce pavillon. La volonté de se construire un toit sur la tête est rappelée comme le projet initial d’une famille de poser un refuge. Les premiers plans du film, avec les quatre personnes de cette famille, aux quatre points cardinaux d’un terrain vierge, visualise l’axe humain des fondations. Les intentions du "quant à soi" acquièrent les noblesses d’une simplicité. Le réalisateur filme le lieu où il a grandi avec humour, montrant aussi que les petitesses ne vont pas bien loin, mais peuvent prêter à sourire, plus proche de la construction du Lego que de la revendication ancrée d’une propriété. Et qu’un regard à l’environnement se met à s’amuser de ce qu’il voit: «Ah,ça, les voisins vraiment!». Entre les deux films, un livre de François Maspero (photographies d’Anaïk Frank), les passagers du Roissy Express, s’attache à décrire les pavillons comme expressions culturelles d’un moment de civilisation, entre utopie et réalité au réveil dégrisé. Et l’entre deux se fait image d’une persistance de ce qui unit les deux «utopie» et «réalité» en même temps. Mais quand est-il si finalement la zone pavillonnaire n’a pas pris et qu’une seule maison résulte des projets d’un promoteur? Qu’un zoo se construise sur l’espace vide environnant et à la place des voisins? Se réveiller sous les yeux d’un lion en fringale? Alors oui, le dernier film américain ressert la désormais formule galvanisante des scénaristes «mais, on peut changer de vie, il suffit de faire comme moi». En prenant une petite maison au milieu d’un zoo pour faire plaisir à sa fille chérie qui aime tirer la langue aux lions et donner à manger des crackers aux paons (qui aiment donc les crackers), le personnage principal se dévêt de son ancien moi, de la futilité supposée de l’avant. «Un nouveau départ» n’excitera pas les critiques à se repaitre d’un discernable à discerner. Le scénario aurait pu autrement s’amuser des barrissements d’animaux. Quoique la présence d’un serpent sur le pied d’une petite fille vient tendre une relation amoureuse qui s’ébauche, tension qui n'apparait pas forcément par le risque encouru que par l’étrangeté d’un désaccord avec la Nature alors que l’idyllisme allait l’emporter. La petite maison a un grand rôle à jouer puisque les protagonistes vont devoir refonder un foyer. Au milieu des regards. Encore des voisins avec leurs regards intrusifs, prémisses de télé réalité? Olivier Razac dans l’écran et le zoo évoque la télé réalité comme le fait de n’en plus finir de s’observer continuellement sans la moindre éthique. «Machine à contrôler, produire, diffuser des ethos» la civilisation placardise l’entropie de sa façon de voir. Le zoo se constitue. Notre film américain relève, avec brio parfois mais aussi avec de longues plages d’ennui, le pied de la lettre du livre du philosophe. On y apprend cependant à faire des différences. Les personnages s’y observent mutuellement à foison, entre les regards de fauve et les yeux de Scarlett Johansson dont le film dira si elle sait lancer des regards de lionne. Le film se propose aussi de montrer la constitution d’un tribut qui résisterait à la rentabilité d’un temps. De l’extérieur, la zone du zoo est en train de mourir. De l’intérieur, on fait tout pour survivre. Du lieu des zones, il y aura toujours l’idée de faire resurgir une liberté comme dans le Ça brûle de Claire Simon (cité dans l’article de Critikat). La zone (comme il est dit «zone pavillonnaire» pour un peu plus enfoncer le clou)  peut se concevoir à la puissance de retournement, conçue par Cocteau avec ce qu’il nommait «zone intermédiaire», entre vie et mort, «l’Hadès sous terre» forgeant et non plus subissant la griserie d’un monde, à tout l’intenable d’un arrêt. Le pavillon devient le lieu d'où l'on veut s’enfuir (Pialat) mais aussi le lieu du possible, la possibilité d'y fondre une occlusion, «des papiers d’identité en fleur d’hibiscus» (Cocteau), loin d’une liberté claquée dans les doigts, descendue d’on ne sait où. Le cinéma questionne un lieu, peut-être selon la thématique d’un habitat, tout autant sur ce qu’il fait disparaitre des localisations pour plonger dans la membrane d’un vécu, les tracés d’une maison se faisant au désir d’une famille aussi bien qu’à celui d’un pornographe (Le pornographe de Bonello), réunis. Et le pavillon peut prendre en écharpe tous les lieux d’habitations, du Hlm («habitation pour longue maladie» Lemmy Caution), à la plus petite surface d’une pièce («je m’appelle Erik Satie, comme tout le monde» Vila-Matas). Et surtout aux marges de toute habitation définitive possible, «aux logis provisoires» (Lubin) dont des films récents montrent la précarité, le squatt, au seuil d’une existence dont l’irréductible conjugue seul à une beauté réelle.

 

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