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06/05/2012

H Story

Entêté de la zone irradiée, amoureux de l'écran blanc de cinéma soudainement exposé, il est encore malheureux de relever ce propos d'un ex-pRésident de la République : « Ecoutez, parce que dans les meetings ça faisait mieux de dire « j'ai été à Fukushima » que de dire « j'ai été à Tokyo pour parler de Fukushima ». Ca passait moins bien, voilà ». Idée Fixe :

Nijuman no borei / 200000 Phantoms / 200000 fantômes (2007) from Jean-Gabriel Périot on Vimeo.

Qu'est-ce qu'une zone irradiée? Plutôt qu'un non lieu, un endroit du monde où rien n'est visible que ce qui était déjà là. Une nature troutefois rendue à l'état de zone, c'est-à dire marquée par une certaine peur invisible, telle que pourrait la figurer une signalétique autour de produits dangereux. Un lieu définit comme zone de danger à la manière de ce point soigneusement évité et mis en scène dans cette vidéo de Bechett visionnable au Centre Pompidou, et qui figure le centre d'un carré arpenté sur ses cotés et diagonales par d'étranges « moines », moins des hommes que des êtres-au-devenir-fantôme, au devenir électrons. « Tu n'as donc rien vu à Fukushima ». Nous repensons au négatif que sous-tend cette zone vide (?), nous repensons encore au Dépeupleur du même Beckett. Il y a des paroles, des organisations sociales induites par la coercition technique qui dépeuple et suinte une inhumanité latente repoussante. Le dernier refuge reste la poésie; elle nous rappelle que les choses peuvent être autrement (Low Life de Nicola Klotz et Elisabeth Perceval). Il ne reste qu'à opposer d'autre radiations, les seules peut-être qui disent la brûlure, le feu avalé, dans le cercle de l'expérience sensible d'une conscience.

« Ton nom est Hiroshima, oui ton nom à toi est Nevers, Nevers en France

Rien. De même que dans l'amour cette illusion existe, cette illusion de pouvoir ne jamais oublier. De même, j'ai eu l'illusion devant Hiroshima que jamais je n'oublierais, de même que dans l'amour….Comme toi, j'ai essayé de lutter de toutes mes forces contre l'oubli, comme toi j'ai oublié …Comme toi j'ai désiré avoir l'inconsolable mémoire, une mémoire d'ombre, de pierre. J'ai lutté pour mon compte, de toutes mes forces, chaque jour, contre l'horreur de ne plus comprendre du tout le pourquoi de ce souvenir. Comme toi, j'ai oublié. Pourquoi nier l'évidente nécessité de la mémoire ? Ecoute-moi, je sais encore : ça recommencera 200 000 morts, 80 000 blessés en 9 secondes, ces chiffres sont officiels, ça recommencera. Il y aura 10 00 degrés sur la terre, 1000 soleils dira-t-on. »

Des territoires où se jouent la perte. L'homme s'y découvrant inutile, étranger face à cette force de mort silencieusement menaçante; il s'y trouve si seul, dans un habitat qui n'a plus pour lui le tangible de la réalité mais l'immédiateté et la brutalité de la vérité – tel le cri qui réveille. Pour poursuivre l'exploration de cette vérité par le biais (finalement) d'une riche cinématographie extra-territoriale, et émousser du mieux que l'on peut cette Hache de l'histoire, cette Hache du temps présent : une oeuvre-arme, Kashima Paradise tourné par Yann le Masson, cadreur, chef opérateur, cinéaste têtu et entêtant, et Bénie Deswarte au début des années 1970 (oeuvre d'attention, de militant et d'amour). Un aperçu de la grandeur de l'initiative ici et . - Aux commentaires, nous retrouvons une voix rocailleuse et connue : celle de Georges Rouquier. Nous lisions dans le Canard Enchaîné du 2 mai, la remise en eau d'un vieux projet - abandonné une année après la sortie de Kashima en 1974 (période de crise) – d'un nouvel aéroport, appelé aéroport du Grand Ouest, en périphérie de Nantes (Jean-Marc Ayrault (futur habitant de Matignon?) en est un promoteur assidu). Les propriétaires et paysans expulsés au nom d'un élargissement de la ville en métropole, d'une perception de l'aire géographique et humaine comme lieu hautement concurentiel, vivent à Notre-Dame-des-Landes. Les régions sont en compétition, même et surtout en matière de productions cinématographiques. Les métropoles désormais s'y mettent. Jean-Luc Porquet, le journaliste du périodique, note cette citation du sociologue Jean-Pierre Garnier « La ville compétitive fonctionne sur le triptyque industries de pointe + centres de recherche et laboratoires + enseignement supérieur ». 2000 hectares, 193 propriétaires, 40 exploitants, et, 2 paysans, Marcel Thébault et Michel Tarin en grève de la faim depuis le 12 avril. Jean-Luc Porquet écrit encore : « Quiconque va faire un tour aujourd'hui près de Notre-Dame-des-Landes ne peut qu'être frappé par le paysage qu'on y découvre : des haies, des chemins creux, des petites routes à l'ancienne. On se retrouve hors du temps, comme si on était transporté à « Brigadoon »... ». Au nom du cinéma, de Brigadoon, votons pour les luttes enregistrées à Kashima – une actualité aussi chaude qu'une usine à gaz de schiste et un DVD à porter dans sa poche révolver.

 

aa

30/04/2012

Serge Toubiana pour qui votes-tu (au deuxième tour)?

« Les cris qui se savent inécoutés enveloppent un horrible silence ». Les frontières ça tamisent les cris du monde qui meurent étouffés sur le pas de nos chambres. 26 ans après l'empoisonnement du réacteur n°4 de la centrale nucléaire Lénine, le 26 avril 1986, et l'explosion qui s'en est suivie à 1h24 du matin, la bataille de Tchernobyl se poursuit par la construction d'une arche d'acier à structure métallique, un des chantiers les plus colossaux entrepris de mémoire humaine. Nous comprenons alors, un des aspects du travail de Ai Weiwei : l'opiniâtreté que montre, comme photographe, le dissident chinois aujourd'hui assigné à résidence, pour garder traces sur des jours, des mois, des années de l'architecture du monde, d'un monde devenu architecture, muant s'en cesse, dressant ses réseaux routiers, ses villes, ses bâtiments sur la terre glaise, en un effort dément, vision d'une humanité en chantier, dont l'inévitable est le passage par la destruction, par le conflit ouvert avec les éléments et événements naturels non encore maîtrisables, dont l'inévitable est le devenir gravats. L'artiste prouve que l'urbain, la construction qu'élève l'homme c'est du combat, et dans ce conflit, l'image peut être salvateur bien au delà de sa fonction de témoignage; elle offre en partage un geste, elle ramène des enfers des cartables vides et lutte pied à pied pour exprimer l'éphémère, l'émotion, la vie individuelle au centre même de l'oubli. Rien de surprenant, alors, à ce que Ai Weiwei voisine, au Jeu de Paume, avec Bérénice Abbott, qui, pareillement opiniâtre, a engagé le long de la route 1 ou à New York des portraits d'habitats, de lieux, d'un temps défini comme un moment, dressant des séries systématiques de la ville en ses changements, et disant du présent - « tempo » - de ces « ensembles » qu'il n'est pas l'éternité, voir même le temps, mais l'éphémère. Ai Weiwei, par la démultiplication par défi de ses porte-voix (blog, réseaux sociaux, vidéo, photographies, installations, projets architecturaux), Bérénice Abbott, par sa recherche esthétique des formes, et lignes, qu'en oiseleur de l'ombre et de la lumière elle capte dans ce qui structure nos espaces, par sa vision en « coupe » qu'elle poursuit jusque dans le domaine de la science et de l'abstraction (les fabuleux clichés d'ondes), nous rappellent avec une acuité presque insupportable cette équivalence des catastrophes telle que la philosophe Jean-Luc Nancy, ce grillage qui nous environne et nous conditionne, liant, inextricablement, les existences à des techniques, des technologies, aux sphères de la consommation et de la communication, sans que nous soit donné véritablement le moyen de détacher notre présent de ces réseaux de signes.

Les images peuvent nous aider à une prise de recul, et, la chambre du cinéma est un sas de décontamination essentiel dans lequel les configurations que nous subissons obéissent à une logique autre, se soumettent à une physique différente. Si il nous faut avancer précautionneusement, à jets de pierre, entre des irradiations invisibles, et essayer d'être dans la densité du présent - dans toute la profondeur de la dimension de l'attente -, il devient alors urgent de suivre les Stalker, notamment ces prochains jours dans la Zone d'Autonomie Temporaire que sera la Maison du Japon :

http://www.mcjp.fr/francais/cinema/paysages-du-cinema-jap...

Ces catastrophes, avec leur part visible - les blessures physiques qu'elles occasionnent -, mais une part visible qui se répercute, à la façon des ondes prises par Bérénice Abbott, dans le vecteur du temps et qui donc échappe au culte de l'instant et du spectaculaire qui régit les réseaux d'informations, avec également leur part invisible, la contamination de l'air, de la terre, de l'eau, sont une provocation à relever, un gant jeté à la face des cinéastes. Le temps et l'absence, l'étrange lumière (la lumière aux reflets bleutés qui se serait dégagée de l'incendie du réacteur de Tchernobyl), sont des expériences de regards à saisir, des expériences de regards qui s'ancrent dans les vies humaines violentées mais questionnent aussi un abîme insondable, matérialisé en cette radioactivité hors de l'échelle du temps, présence impérissable et indépassable. Le nucléaire n'est-il pas ce noyau, une intensité qui happe, qui correspond à l'étymologie du mot transcendance : ce qui est haut et profond tout à la fois, une soudaine dimension rajoutée au réel? Comment en rendre l'expérience sensible, la verticalité dans l'élévation et la chute (Roberto Juarroz - fb)? En attendant, c'est notre regard contemporain qui se contamine, voyant, par exemple, dans les clichés d'Atget (actuellement au Musée Carnavalet), le témoignage futur d'une destruction de toute vie, une condamnation de la présence humaine. Ces photographies disent le vide et sa paradoxale non présence; elle disent ce qui en est de la géométrie de nos habitats lorsqu'ils ne seront que coquilles désertées. Notre perception immédiate des bâtiments peut s'en trouver également perturbées, avec, autre exemple, l'impression tenace d'avoir affaire, dans la construction de Frank Gehry qui héberge la cinémathèque française, à un abri anti-atomique, à un cousin du sarcophage Lénine, de voir dans les dessins spiralés et autre ballon géant accompagnant l'exposition Tim Burton des excroissances malines et cauchemardesques. Désormais, l'institution culturelle qu'est devenue ce lieu se conjugue à la rentabilité, ressemble à l'usine : caméra de surveillance, hôtesses d'accueil (aux physiques avantageux) en uniformes (rien ne les distinguent plus de leur consoeurs et confrères d'UGC – espérons que tout ce petit monde est syndiqué), esprit de troupe et le management qui va avec, ce qu'indique la gestion militaire des files d'attente de malheureux spectateurs un peu perdus au milieu du personnels, des visiteurs et étudiants de la Bifi. Y aime-t-on encore le film? Bien sûr, le programme de la cinémathèque regorge de niches cachées; bien sûr, il y est toujours possible, salle Franju ou Epstein, d'assister à de curieuses séances, d'enrichissantes expériences, de découvrir Jean-Michel Alberola et la résistance aux équivalences que le réalisateur a filmé avec 5 caméras dans l'entaille d'une vallée des montagnes japonnaises, à Koyamaru pour être plus précis. De découvrir les yeux et oreilles grands ouverts, sous la protection (menace) des paravalanches, une oeuvre qui élabore, par plans, blocs documentaires plus ou moins longs, régimes d'image (argentique, analogique, ou numérique), caméra fixe, porté, ou en mouvements linéaires, une totalité mettant l'accent sur les questions d'échelles (sociales, culturelles, d'espace et de temps), une oeuvre qui rend justice à toute l'étendue de la conscience.

Il doit être compliqué pour Serge Toubiana de gérer cette Maison, cette architecture. Peut-être, aurait-il été plus modeste de renommer la cinémathèque française, en cinémathèque parisienne, de conserver l'énergie des salles des Grands Boulevards (reprise comme un symbole du changement de direction du vent des initiatives par le Jamel Comédie Club) et de Chaillot? Qu'il doit être pénible de rentabiliser ce paquebot : - une programmation américaine n'est pas de trop pour y amener le badaud? Il est certain que les manchots, les chauve-souris, et autres étranges animaux continueront à « anarchiser » ce bâti; mais il nous est pénible d'entendre lors de l'ouverture de la programmation faite par Alain Cavalier, Serge Toubiana (le Directeur) se perdre dans un discours sans saveurs, presque embarrassant pour les spectateurs, de l'entendre parler, en privilégié, d'une incroyable photo de Pialat jeune homme sur le tournage d'un court-métrage de Cavalier, sans qu'il lui soit venu à l'idée de partager la trouvaille. Que sont pénibles ces propos d'entreprises qui se centrent, à l'exemple des dispositifs télévisuels, sur l'auto-promotion. Que nous importe que Monsieur Toubiana batte le record d'années de direction de Dominique Païni, si ce n'est que de Dominique Païni nous reste le souvenir d'une programmation audacieuse! Et par contraste, qu'il est étonnant d'entendre Alain Cavalier, devant un parterre de professionnels de la profession, promouvoir l'invention de nouvelles formes de distribution, encourager les cinéastes, les vidéastes à diffuser par tous les moyens leurs créations, de mobiliser jusqu'au café en bas de chez soi, au coin de la rue! En somme, un cinéma de proximité pour mieux être "maître de son malheur" (Colette Magny)?! (http://blog.cinematheque.fr/)

Jean-Michel Alberola : "la pensée c'est du ciel".

 

aa

28/04/2012

Serge Toubiana pour qui votes-tu (au premier tour)?

Pause.


Dans dix jours, l'internaute et a fortiori « les gens de la moyenne » comme le chantait la Grande, si précieuse et essentielle Colette Magny (le fond Slon/Iskra possède des images d'un concert à Saint Nazaire qui vous foutent la chaire de poule http://www.iskra.fr/front_office/iskra_home.php?vMenu=pre...), nous même donc, auront oublié un des faits les plus remarquables de la campagne des élections présidentielles qui s'achève. Nous voulons évoquer et consigner la chute malheureuse de la candidate des verts et Europe Ecologie Eva Joly.

http://www.lefigaro.fr/politique/2012/04/02/01002-2012040...

La grande, précieuse et essentielle Eva Joly, autant d'adjectifs qui ne semblent guère superflus lorsque l'on se représente ce qu'elle a dû souffrir d'une fRance bleu blanc. Quand sera supprimé le défilé du 14 juillet ? A quand une commémoration de la fin de l'esclavage qui fasse plus de bruit que les chars sur le pavé des Champs-Elysées. Bientôt, nous pourrons chômer aux fêtes arabes, juives ou bouddhistes... Le fait remarquable est donc cette chute – aucune chute n'est anodine, tout cycliste le sait de longue date - ; chute survenue dans un cinéma. Cela n'a malheureusement inspiré que 2% de votants et donc, peut-être, par déduction n'y a-t-il que 2% de cinéphiles à l'intérieur de ces frontières que s'empressent à redessiner aux traits noirs nos ennemis les graphistes. La citation qui ouvre Les Sanctuaires de l'Abîme chronique du désastre de Fukushima de Nadine et Thierry Ribault : « Ce qui restera ne sera plus une situation historique, mais un champ de ruines sous lequel sera enterré tout ce qui avait été un jour de l'histoire. Si malgré tout l'homme survivait, ce ne serait plus en tant qu'être historique mais comme un pitoyable résidu : comme une nature contaminée dans une nature contaminée » Günther Anders, Obsolescence de l'homme. Autrement, la Molussie de Nicolas Rey, récemment primé au festival Cinéma du Réel nous en propose une pensée-paysage. http://lederniercoquelicot.hautetfort.com/archive/2012/04...

Quel film avait-t-elle vu ? Koyamaru de Jean-Michel Alberola, dont le réalisateur nous a appris que nombre des habitants de cette campagne montagneuse du Japon sont partis à la suite du tremblement de terre à l'origine du dramatique tsunami et dont des forêts filmés en négatif nous laissent un souvenir étrange ? A moins qu'il ne s'agissait d'une réunion publique ?

Ne vois-tu pas – chante Colette Magny – ces hommes et femmes qui battent le pavé, et qui, oh bourgeois, portent la guerre sous vos fenêtres ! Fermes ta porte, pays corseté de nation imbécile, la ligne de front que tu as créée passe déjà sous ton balcon.

A celui qui porte ses larmes, qui est plus « malheureux que le malheur » (Colette Magny), qui éprouve « l'effort du monde au matin pour redevenir soleil » (Christine Spianti) et peine, le soir venu, à se réchauffer (une séquence a tatoué un hippocampe de Martin et Léa de Alain Cavalier; Léa, après le suicide de son amie, tremble de son âme et du corps en chien de fusil, alors que Martin, comme un majnoun, s'emploie longuement, viscéralement, à la réchauffer - séquence qui nous rappelle par l'intensité physique et primitive, et dans un autre contexte de désir et d'amour, La Femme au Corbeau de Borzage), donnes toi rendez-vous à la cinémathèque française, il y a des restes d'écrans en couvertures affectives. Il y fait bon, les toilettes y sont accessibles, les hôtesses jolies, et, pourquoi ne pas y roupiller à l'ombre de son olivier trônant désormais au centre de sa mezzanine. Tous à la cinémathèque ! C'est Serge Toubiana qui régale.

En attendant, l'éternel retour des éclopés, des pirates des écrans et autres manchots et chauve-souris dans ce haut et nouveau lieu germano pratin : hommage aux intranquilles (d'un nom de festival qui se tenait aux Subsistances de Lyon) : http://www.cinematheque.fr/fr/dans-salles/rencontres-conf...

 

- « Au pigeon vole des voleurs » (Colette Magny)

- « Les cris qui se savent inécoutés... »

 

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