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07/10/2012

Cercle rouge

Il y a le soleil de fin d’hiver filmé par Gérard Courant, en 99, aux retrouvailles de ceux qui ont participé au mythique groupe Zanzibar. Au milieu de tous les sourires à la joie d’être ensemble, il y a la présence de Marcel Mazé (vers 5.35). Les visages rayonnent si forts, on imagine d’avoir tenu la barre de la vie et des films, que le film regorge de la beauté de l’aventure par la captation de cet après-midi, renforcée par le mutisme de la bande son:

 

 

Marcel Mazé sur la bande passante d’une image singulièrement différente. Le visage saisi par Courant se fait portrait d’un défricheur. Un autre texte dresse toute la pertinence de l’amateur de bobines expérimentales. Le passionné contamine à son regard aguerri de nombreux complices, il arrive à faire projeter une cosmogonie de films, à rassembler des titres sous une bannière de ralliement qui ira se retrouver régulièrement au festival d’Hyères. Et le bonhomme est aussi atypique jusque dans ces projets, il dit n’avoir envie de filmer que ce qu’il ne voit pas et comme il voit beaucoup de film, il ne tourne pas beaucoup. Mais quand il tourne, c’est un condensé d’expérience visuelle emmagasiné au voisinage des projections, de pensées, d’essais. Du trop peu que nous aillons vu, on dira maladroitement que ce n’est pas la médiation de l'expérimental débridant une forme et lâchant le fond qui a l’air de l'intéresser (l’esprit destroy) mais plutôt comment le trafic du matériel et les fluctuations de la captation peuvent traduire avec plus de justesse ce qui est filmé, au plus proche d’une obscurité le discutant à la lumière parcellaire, rendue possible d’un surgissement. Focalises inverse simplement le point de focale entre un premier plan et des arrières-plans (une lectrice magnifique, plus loin une discute); ce second plan, résidu habituel des productions à entasser les figurants, est ici l’objet d’un contraste qui parasite la seule vision du premier plan, la rend plus riche d’une profondeur de débordement, d’un ailleurs à songe qui permet des déplacements dans l’image, le temps. Les mille et un soleils de Pigalle ne se targue plus d’une fenêtre ouverte sur le monde, sur la vie de ceux qui travaillent dans les backrooms au prix d’une précarité pourtant difficilement pensable; le film quitte le témoignage et utilise les éléments de tournage (les néons des sous sols, un feu de cheminée) dans l’instant continué de ce qui fait un lieu, si particulier, «sans soleil, ni extérieur» le soleil paraissant alors comme une monade, entre deux paroles, entre deux plans et non plus sous la forme de la métaphore. La trace de la vie close et clandestine est rendue d’autant plus noble. Les films de Mazé atteignent la cible par le courage de filmer, aux formes qui n’auraient pas peur de l’informel, en reconnaissant à cette qualité générique la valeur d’avoir approché la lumière de Pigalle, lumière solaire traduit en signe de nuit et d’errance, vrai faux passeport d’une identité, comme un reflet de ciel, tel qu’on en voit en ville sur un mur, soudainement paraitre comme si une violente source lumineuse s’était manifestée, au gré des nuages. Les films circulent et circuleront tout l’hiver. Et tout autant, la figure du réalisateur surgie dans de nombreux fragments d’images d'autres films, se dressant figure de proue d’une autre façon de voir. A re-voir, ici et là pour que «la fosse médiatique» ne l’emporte pas. 

 

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