Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

20/09/2012

"Là où commence une aridité" (Mattrat)

La chose. Le chaos. Encore une fois, le rapprochement inciterait à croire que la défaite s’invite sous toutes ces formes. Les loques de journée consigneraient à la résignation dont Francis Combes, dans un magnifique poème, dit de se garder. La chute continuant, qu’à tomber sur des plans et des mots, une matière en somme, le poing au creux. 

 

Quitte à ressasser, autant jongler. Avec le mot, Jc Mattrat s’y emploie. L’anagramme cultive le jeu de mot, comme un rebut littéraire, essayé aux creux des heures sous une forme potache et butée qui détournerait le sérieux des répétitions. Si l’on s’y essaie, l’affaire se noie parfois dans l’obscur de la fausse cérébralité, les sous entendus s'égarent des rapports illisibles, distendus avec l’amorce  de détournement. Qu’on imagine à l’instar rédigé sur un coin de table, les anagrammes du poète créent ce coin à la dimension d’une ouverture bachelardienne des rapprochements inconscients qui feraient surgir un sens de ce qui se tramerait en survenue, aussi blague que révolte. Les assemblages hétéroclites font de la voltige des lettres soudainement espacées. Le poète s’empare autant de la matière du corps mot, qu’il gomme le travail d’accouchement des trouvailles, les impasses supposées. Il a l’air de se rendre maitre du choc de l'inconscient. Il rend l’apparence du hasard aux mots démantibulés qu’il trafique, fulgurant d’une inspiration digne de la souplesse mentale des grands méditateurs (Bachelard encore). Alors l'inconscient voisine du jeu surréaliste de dire aussi, d’être découvert, et par la même de projeter le mot cinéma à un mécanisme démonté où sa nature serait ambivalente, d’où apparaissent des raccourcis qui révèlent de l’image autant qu’une critique développée assidument. Le lecteur ira trouver l’ensemble de la page à la typographie propre d’un champ contrechamp, juste un extrait:

 

le cinématographe                                                                     chimère galopante                                  

le documentaire                                                                         à lire doucement

le cinéma de fiction                                                                    imite la confidence

le cinema muet                                                                          ultime menace

le cinema porno                                                                         l'énorme con paie

au cameraman vengé                                                        avec une anagramme

 

 

et beaucoup d’autres, encore plus décisifs. Le mot ainsi entrepris comme sur le pupitre du scrabble laisse paraitre une traduction qui tombe pile, pointant le latent sous les chausse trappes des cachettes. L’anagramme revêt la simplicité de l'évidence d’une métamorphose en passant qui n’a besoin de s’expliquer. Elle déborde de la première lecture et la première vision. Comme s’il y avait un autre cadre dans le cadre, pas un recadrage façon zoom numérique, plutôt proche des deux images insérées d’Harold Llyod. Le burlesque fait même figure de spécialiste es matière. On le croit assis dans sa voiture, richissime banquier, la voiture part seule au feu vert laissant Harold sur son vélo en arrière plan. Ou alors on le voit marchant dans la rue, auprès d’une magnifique passante, croyant qu’il lui parle, et un troisième personnage tout fin apparait au croisement laissant sur le fait d’une méprise. Le jeu se multiplie en fausses directions qui mettent le sens à sa suspension. Dans Never Weaken, le burlesque rédige une lettre de suicide. Au moment de boire un breuvage fatal, au tout dernier regard, il croise une faute d’orthographe sur cette lettre. Il temporise, corrige le mot mais voit qu’un bouton de sa chemise pend, veut le recoudre, fait tomber le verre fatal. La matière détourne, juste à temps et retourne le cours. Pour en revenir à  l’anagramme, le mot semble suivre cette logique burlesque de déraper de ces gonds, ou plutôt d’être récupéré à un sens qui dit autre chose, comme si après avoir été épuisé de tous les possibles, il pouvait encore in corpus signifier du magnétisme de l'écran. Car si depuis Saussure, l’anagramme se distingue du paragramme, en ce qui est «magnétisme de l’espace pour les mots»,  l’image percute alors du texte, en écriture d’un écran mental.


JeanClaudeMattrat-004_439_329_80.jpg


http://www.iconomoteur.fr/

 

fb