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12/06/2012

Rainer Werner

Arte fête les disparitions. Les 30 ans de la mort de Fassbinder donne lieu à une grande rétrospective télévisuelle. Habitué à l’indigence maladive du poste, voir s’enchainer les films parait quelque peu miraculeux. La programmation est choisie avec minutie. La nuit s’enfonce, et la soirée se tient à toutes ses oeuvres. Arte a pensé à tout : sur le site de la chaine, il sera possible de dénicher des «webarticles», pépites d’analyses et interviews (celle d’Hanna Shygulla par Susan Sontag, rien que ça). Nous n’allons pas bouder notre plaisir sauf qu’à la vue des films, c’est davantage l’amertume que la fête qui se fait contagieuse. Les films ne peuvent pas être à ce point déniés. Les petits conciliabules, le culte des morts de certaines programmations, s’ils ont l’immense qualité de ne pas laisser l’indifférence régner, ont aussi un petit air de «chambre verte», à la limite de l’enfermement dans le jeu de référence. C’est au spectateur de prendre en charge ces images. La certitude de consacrer des idoles se dessine dans la bande annonce du film suivant à venir. Pourtant, le film s’oppose aux faiseurs de culte, il laisserait bien sur la grève de l’irréconciliable. Comme dans le marchand des quatre saisons. La fin du film laisse pantois d’un destin qui a rapport à la mort de tous les instants. La scène finale agit comme le révélateur d’une peine, l’occasion salvatrice d’un enchainement dédouané de toute morale pour certains (la reprise des pressés et d’un nouveau couple qui se constitue) ou au contraire, l’inconsolable avec déjà la présence singulière à la beauté «vitale» (Schuhl) d’Ingrid Caven, qui se retire avec quelques fleurs, au loin. Comme dans le film de Truffaut (qui n’est sans doute pas son meilleur), l’extérieur n’est-il à ce point que la pale résistance, le désistement immoral ou au contraire le lieu d’un affrontement? Quel rapport ce(s) film(s) avec la société allemande contemporaine, quel rapport à l’amertume («je suis d’une génération qui n’a jamais été satisfaite de rien et qui ne le sera jamais» Ingrid Caven), quel héritage et aussi comment cet héritage est-il vécu (on se souvient de la phrase de Godard «brûler moi d’un feu intérieur")? A mille lieu de l’Allemagne, on lit un peu partout qu’un réalisateur chinois, Li Yang, cite Fassbinder comme son influence décisive. Faute d’avoir vu encore ses films, on peut s’imaginer que cette société épuisée par ce qu’elle véhicule initialise des données existentielles proche de la même fatigue («La nuit, mes doigts somnambules tressent la corde du pendu», André Laude, un temps à s’ouvrir les veines). Li Yang avec tous ses films dont le titre commence par Blind  s’inspire-t-il de la remarque de Douglas Sirk sur Fassbinder : «Fassbinder n’a pas fait des films sur l’amour, la mort, le sang et le reste mais des films avec l’amour, la mort, le sang et le reste. Parce qu’il les a aimé jusqu’à la folie, il ne lui a pas suffi de les représenter, il fut un corrupteur»? D’une corruption qui releverait le défi embûche au culte, au pouvoir, de la Chine à ici.


Fassbinder_in_Katzelmacher.jpg


 

à suivre, une fois les films vus

 

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