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28/03/2013

Eclaircie

On a beau invoquer Jean Ristat, relire son ode, le printemps ne se hâte désespérément pas. La jupe, toute à sa couleur éclatante de saison, convole, par une beauté inédite, avec l’épais bas noir, résidus des frimas. La vigne taillée tôt du parc de Belleville inquiète le jardinier. Le soleil se fait désirer pour les classes, ici ou en classe verte, et les enfants se demandent si l’anorak ne deviendra pas leur deuxième peau. Où le chercher, l’astre solaire? Laissant à d’autres les séances d’uv, c’est du cinéma qu’il semble se rappeler à nous, nous faire signe, surtout quand il est à ce point éclatant de vrais sourires, du film de Sophie Letourneur, «Coquillettes». Le film a été soutenu par quelques critiques, n’hésitant pas à filer la métaphore, au point de s’y engouffrer carrément, «les coquillettes, cela ne prétend pas être de la haute gastronomie, mais c’est très bon» (les Inrockuptibles), «les coquillettes avancent gratinées...accroche grave au fond de la casserole» (Première), incités par l’affiche du film, paquet de pâtes et allusion prometteuse «plus elles sont cuites, plus elles sont collantes». Et ceux qui disent ne pas l’aimer le fustigent de «manque de consistance», la méchanceté usant presque à ses dépends des jeux de mots. Ah, la sempiternelle attaque du «manque de profondeur»! N’y-a-t-il pas de plus bel hommage pour une comédie? Les surfaces plastronnent de corrosion. Le ton du film plait. Et un film qui a du ton, cela n’arrive pas si couramment. L’histoire est simple: trois filles se ruent sur un festival, terrain de chasse, décidés à jouer de toutes les situations. Le film alterne moments vécus et récits de ces moments. A évoquer leur déboire, elle se font et se remontent leurs propres séquences d’instants vécus, et deviennent, leur propre jury, de leur ou non exploits. Les cavalcades de l’intention, revus au souvenir, sont retoucheés par le récit et parachèvent les instabilités, les instants fragiles. La «retouche» passe par le montage et les décalages entre les situations et les perceptions. De carambolages à la volée, de pourparlers ou d’abordages pas toujours faciles, les débordements entretiennent la flamme implacable, la couleur vivante tel une aisance des phénomènes qui déstabiliserait des structures. Et plus qu’à un attachement à Rozier ou à Rohmer, patronage qui peut toujours faire plaisir, un caractère d'écriture émerge en propre où le mode direct des phrases qui fusent en doit beaucoup à un travail subtil tout en raccordement et revers d’à propos, en collant des fragments de moments disparates. Et puis, on en apprend sur les festivals, sur tous ceux qui ne vont pas voir des films, sur les invités ou les réalisateurs dépressifs. Aussi sur les files d’attentes, et les errances des lieux. De tant de polarités d’espaces fragmentés, nous ne nous les verrons plus paraitre du même oeil, ces festivals, enjoué de détournements et racolages. L’ilôt du «cinéma du réel» se verra sous un autre jour, alors que nous ne le pensions que traversés par des professionnels ou par des âmes dormantes. Un terrain de jeu pourrait le moduler. Mais peut-être n’est qu’un fantasme de dévoration au milieu des frimas. Ce film a pourtant une couleur, de soleil, qui agit comme une action directe, un acte tout à soi, comme un acte de foi ou de jugement, pour lequel spontanément on aurait envie de répondre du tac au tac, tant il semble réussi, en souhaitant rattraper le train en marche des films précédents et futur de Sophie Letourneur. A sa façon, une ode:


 

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