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06/12/2012

Migration

Dans le Miroir, il y a cette séquence où un homme se jette sur une grenade dégoupillée pour en amortir l’explosion, au milieu d’enfant. Un panoramique remonte sur le sommet du crâne et en haut de la tête de l’homme, bat de toutes les forces, la veine appelée fontanelle. La même veine qui participe au premier cycle de la vie chez le nourrisson, le creux non ossifié. Au plus proche de la mort ou de la vie, la fêlure causée par la battement l’emporte, le battement de la vie à une ouverture, aux éclats d’incertitude. Il y a des moments où seuls ces éclats paraissent avoir un lien avec un ici, une façon de «s’accrocher, tenir de toutes ces forces» (Bresson) à la vie, surtout quand les situations l’exigent, deviennent infernales et font que l’interruption s’envisage en signe, d’une dialectique historique à un présent. Il y a des films qui creusent la quotidienneté de ce que les citations ne sont plus des loisirs mais des questionnements à ne plus admettre les linéaments des faux semblants. A voir dans une salle, à l’Espace Saint Michel, qui aura vraiment cette année sonder la verticalité de ce que peut une humanité. «Quiconque se bat est dans son propre pays un migrant» (Benjamin):


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Peut-être en regard du film, des vers du grand poète palestinien Taha Muhammad Ali. Le conflit sous-tend l'écriture d’ «une migration sans fin», titre d’un recueil récemment traduit. Le conflit est de chaque jour, la tragédie suinte aux passages entre les lignes mais ce qui touche aussi c’est la façon dont cet «état de chose» est exposé et de la sorte détourné par un éclairage extérieur qui rendrait les situations étrangères. C’est un peu comme si le conflit était vu hors de son ancrage, non par fatalisme ou dénégation du réel, car la lutte, avec le réel au sens large, est toujours là. D’une situation, il y aurait la possibilité de ne pas incarner de sentiment et de toujours ainsi surprendre là où on ne l’attendait pas, par riposte différée, impossible à contingenter. La révolte existe de ce qu’elle déjoue les attentes ou les habitudes qui pourrait la prévoir, la contraindre et l’étouffer. De la vengeance ainsi surprise à ne pas agir selon ce qu’on attendrait d’elle: « Mais s’il était seul branche coupée d’un arbre sans père ni mère ni frères ni sœurs ni épouse ni enfants ni amis, ni proches, ni voisins ni collègues, ni compagnons, ni confidents Je ne rajouterais pas à la douleur de sa solitude la souffrance d’une mort ou le chagrin d’une extermination mais je me contenterais de l’ignorer lorsque je le croiserais dans la rue persuadé que l’ignorance est en soi aussi une sorte de vengeance !». De la joie: « L’idiot ! / Il enlace le monde / Comme s’il était un oreiller/ Il enlace le monde/ Comme s’il était le souvenir de ses fiançailles / Ou les brises d’un champ de blé ! / Il le serre contre sa poitrine velue / Comme son enfant…». La migration sans fin ne fait pas l’impasse sur le conflit, elle tire une énergie de lui, une façon de s’accrocher à la vie qui parait d’autant plus forte et belle que le contexte signifie l’impossible. En quelque sorte cette migration ne connait plus de repos et forge ses armes à devenir parole commune, échangée et échangeable comme la poésie de Muhammad Ali passe à travers ceux qui l’ont connu, à redonner une forme d’espérance, de possibilité de produire aussi quelque chose d’autre, dont le film se fait, dans sa structure, aussi écho. 

 

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