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24/02/2012

Captain Berserko à la barre

Parole de «manager»: «Imaginez-vous un capitaine quitter le navire en pleine tempête??»

Capitaine igloo avec ses bâtonnets tout droit sorti de la mer a du souci à se faire, il a trouvé plus retors que lui dans l’art de faire prendre des vessies pour des lanternes. La métaphore vide du «captain» ne vise même plus un simili de réalité mais l’effet de manche auprès duquel certains iront s’intoxiquer à corps perdu. Critiquer la prise de parole s’avère aussi vain que d’essayer de convaincre un alcoolique de ne plus toucher à la boisson obsédante. Pourtant une phrase, entendue dans une scène de chambre de passe désormais condamnable par la morale politique, prononcée par un  visage à la beauté inhabituelle «si tu ne penses pas à la politique, la politique, elle, pense à toi à la fin», pour toutes les fins, de mois, de films, et une autre phrase entendue sous un portique, dans le même film, «l’art, cela devrait être autre chose qu’un règlement de compte» incitent à reprendre ce mot de «capitaine» pour ne pas le laisser tomber dans les zones nausséeuses du quiproquo, du parti pris, à partir d’un point de vue qu’il s’agirait de faire valoir comme cinématographique.


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Qu’est ce qu’un capitaine se demandait déjà Hollywood?? Damfino (je ne sais pas) s’appelait le bateau de Keaton dans The Boat, où le burlesque passait son temps à être projeter du pont. De son côté, Errol Flynn questionnait son honneur perdu qu’il allait retrouver grâce à des pirates dont il venait à partager les idées, quant à Spencer Tracy, dans un autre film, le monde de la mer allait tout simplement lui ouvrir les portes de la perception d’un rapport au monde qu’une ville confinée lui avait masqué. Ces capitanats partaient à l’inconnu d’eux-mêmes. Au delà des histoires, la mer en furie garde sa prévalence, elle guide sa loi pour laquelle il est difficile d’imaginer qu’elle soit un cap simplement à garder mais plutôt un élément à concilier. A un autre capitaine, à un scénariste rebelle, semble appartenir l’insistance à aller plus loin dans l’apparente confusion, dans le chaos du paysage. Surnom: capitaine Berserko. Il nous faut l’aide d’Internet pour s’approcher d’une définition de cette qualité berserk, à la sonorité dissonante, dont l’auteur en question tente une précision: «je me considère comme un tourbillon moléculaire qui ne supporte pas le tohu bohu des esprits clinquants. Je crois à la règle ultime des hommes qui dorment». Ces scénarios, dans les années soixante dix, fameuses années des films électrons libres à l’urgence de définir une liberté, ont été plus ou moins bien retranscris à l’écran (d’un grand Missouri Breaks aux tentatives plus laborieuses décrites dans Panama). Malgré tout, y a t’il quelque chose de commun à tous les projets de ce scénariste qui résisterait à l’image lorsque l’adaptation filmée s’avère indigeste? Peut-on lire entre les plans quelques traits d’auteur que la sécheresse de certains personnages devrait permettre d’imaginer autrement si la rencontre avec l’image avait lieu, à ce que l’image propose de désincarnation? Car les personnages de Mcguane, pour le peu de ses romans que nous avons lu jusqu’à présent, cherchent à faire corps à un paysage, le faire le plus pleinement possible et souvent le traduire par une photo qui devient exigeante dans ce qu’elle tâche de capter. Par exemple, une Ann (embuscade pour un piano), petit à petit contaminée par l’envie de prendre des photos pour provoquer le sentiment vital de faire un avec le présent, expérimente la difficulté de prendre l’éclair d’un orage avec tout le dégradé de gris d’un paysage, les réglages «vitesse et exposition» s’altérant d’habitude de tels écarts, ici enjeu d’une maitrise où ces données de vitesse et d’ouverture corroborent à une plénitude. Dans les scénarios qui ont rencontré parfois une réalisation adéquate, on retrouve l’image d’une Nature avec un personnage qui n’est plus qu’un fragment du lieu, spectralisé à l’extrême de l’image. Dans les autres films moins heureux auxquels McGuane a participé, persistent cependant des «atypiques» que l’on pourrait décrire avec les mots de l’auteur:  «les autoroutes étaient peuplés de marginaux intuitifs, d’anarchistes rusés et culottés qui ne se laissent pas aisément recenser mais croient, au fond de leur tripot flottant, où ils jouissent d’un crédit spirituel illimité».

 

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Le "devenir" capitaine revient à ce poser la question du personnage face à un paysage. Certains voient le capitaine rivé à une habitude: les perspectives de la répétition d’un amoindrissement forgent une désespérance, avec un fond d’écran évoquant le sempiternel, la Tour Eiffel vissée, et cet air de bureau que l’on a de plus en plus de mal à respirer, une bordée d’injures nous frisant la barbe. A l’encontre de ces storystelling, le «non serviam, mon blason arbore un serpent fainéant» de McGuane propose des récits contrariés où les protagonistes s’hasardent à ressentir physiquement la lumière comme une façon de relever la tête, mirage inconsistant face à la vexation de la phrase immédiate mais de cette inconsistance, une pensée politique de faire avec le paysage réel, une sensation à fleur de peau, s’annonce une résistance à un définitif. Le fond d’écran pâlit d’un espace et d’une liberté dont la force est d’exister à une durée. Le réel s’approche d’une photo prise sans pathos ni perspective alarmante. Capitaine d’une barque qui descend un fleuve à remous a ici une littéralité enjouée. La bande passante de ces quelques possibles crée les attributs d’un faux sommeil d’où des notes «vrombissent» pour longtemps : «Il s’imagina faire la nique à une si-vile-isation et accueillir à bras ouverts une intelligentsia de Peaux Rouges». 

 

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