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08/05/2012

Le 8 mai j'ai 8 ans

Hommage derechef au passeur de réel, à un vertical, Yann le Masson, en ce jour de triple anniversaires, des enfants nés ce jour particulier et qui ont leur âge bien sûr, mais aussi de l'attentat de Karachi, de l'armistice, et des massacres dans le Constantinois. Nous pensons immédiatement à la représentation de ce jour sanglant par Rachid Bouchareb dans Hors-la-Loi, aux pauvres hères qui derrières de pathétiques écharpes tricolores ont défilé à Cannes contre ce film, en guerre contre sa séquence d'ouverture qui emprunte tellement à la biographie de ce « coeur entre les dents », Kateb Yacine, au nom prédestiné et qu'en révélateur de la poésie à faire jaillir de ce monde entrechoqué ne nous quitte guère. Ktb, une racine qui signifie écriture. Ya -Sin, sourate qui projette littéralement l'image de l'au-delà devant un homme-spectateur; sourate que son prophète a décrite comme le coeur du Livre et devant être récitée au mourant (de l'esprit). Le personnage d'Abdelkader, joué par Sami Bouajila, jeune étudiant pourchassé dans les rues de Sétif, jeté en prison où sa conviction s'étoffera au contact des dissidents, ressemble à l'écrivain, à l'expérience vécue telle qu'il a pu la raconter.

Etrange bien sûr de faire co-exister en quelques lignes deux communistes, deux rives de la Guerre d'Algérie, deux « mécréants », mais deux êtres sans doute aimés de Dieu, car ayant regardé le monde « les yeux grands ouverts ». J'ai huit ans comme tous les films de Le Masson est un film d'amour - sa femme, co-réalisatrice, en est la monteuse - et un film de combat. L'idée est de René Vautier. La réalisation s'est faite en Tunisie dans les camps de réfugiés. Les dessins furent fournis par Frantz Fanon. Le court-métrage fut interdit dès sa sortie, comme l'Octobre de Panijel. Les projectionnistes de l'époque s'enfermaient dans les cabines pour pourvoir le montrer. D'autres ont huit ans ce jour, et luttent dans leur enfance contre les violences de toutes sortes. Ce petit (grand) film a franchi les barricades, et le voilà car le sucre ne peut être toujous amer :


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06/05/2012

H Story

Entêté de la zone irradiée, amoureux de l'écran blanc de cinéma soudainement exposé, il est encore malheureux de relever ce propos d'un ex-pRésident de la République : « Ecoutez, parce que dans les meetings ça faisait mieux de dire « j'ai été à Fukushima » que de dire « j'ai été à Tokyo pour parler de Fukushima ». Ca passait moins bien, voilà ». Idée Fixe :

Nijuman no borei / 200000 Phantoms / 200000 fantômes (2007) from Jean-Gabriel Périot on Vimeo.

Qu'est-ce qu'une zone irradiée? Plutôt qu'un non lieu, un endroit du monde où rien n'est visible que ce qui était déjà là. Une nature troutefois rendue à l'état de zone, c'est-à dire marquée par une certaine peur invisible, telle que pourrait la figurer une signalétique autour de produits dangereux. Un lieu définit comme zone de danger à la manière de ce point soigneusement évité et mis en scène dans cette vidéo de Bechett visionnable au Centre Pompidou, et qui figure le centre d'un carré arpenté sur ses cotés et diagonales par d'étranges « moines », moins des hommes que des êtres-au-devenir-fantôme, au devenir électrons. « Tu n'as donc rien vu à Fukushima ». Nous repensons au négatif que sous-tend cette zone vide (?), nous repensons encore au Dépeupleur du même Beckett. Il y a des paroles, des organisations sociales induites par la coercition technique qui dépeuple et suinte une inhumanité latente repoussante. Le dernier refuge reste la poésie; elle nous rappelle que les choses peuvent être autrement (Low Life de Nicola Klotz et Elisabeth Perceval). Il ne reste qu'à opposer d'autre radiations, les seules peut-être qui disent la brûlure, le feu avalé, dans le cercle de l'expérience sensible d'une conscience.

« Ton nom est Hiroshima, oui ton nom à toi est Nevers, Nevers en France

Rien. De même que dans l'amour cette illusion existe, cette illusion de pouvoir ne jamais oublier. De même, j'ai eu l'illusion devant Hiroshima que jamais je n'oublierais, de même que dans l'amour….Comme toi, j'ai essayé de lutter de toutes mes forces contre l'oubli, comme toi j'ai oublié …Comme toi j'ai désiré avoir l'inconsolable mémoire, une mémoire d'ombre, de pierre. J'ai lutté pour mon compte, de toutes mes forces, chaque jour, contre l'horreur de ne plus comprendre du tout le pourquoi de ce souvenir. Comme toi, j'ai oublié. Pourquoi nier l'évidente nécessité de la mémoire ? Ecoute-moi, je sais encore : ça recommencera 200 000 morts, 80 000 blessés en 9 secondes, ces chiffres sont officiels, ça recommencera. Il y aura 10 00 degrés sur la terre, 1000 soleils dira-t-on. »

Des territoires où se jouent la perte. L'homme s'y découvrant inutile, étranger face à cette force de mort silencieusement menaçante; il s'y trouve si seul, dans un habitat qui n'a plus pour lui le tangible de la réalité mais l'immédiateté et la brutalité de la vérité – tel le cri qui réveille. Pour poursuivre l'exploration de cette vérité par le biais (finalement) d'une riche cinématographie extra-territoriale, et émousser du mieux que l'on peut cette Hache de l'histoire, cette Hache du temps présent : une oeuvre-arme, Kashima Paradise tourné par Yann le Masson, cadreur, chef opérateur, cinéaste têtu et entêtant, et Bénie Deswarte au début des années 1970 (oeuvre d'attention, de militant et d'amour). Un aperçu de la grandeur de l'initiative ici et . - Aux commentaires, nous retrouvons une voix rocailleuse et connue : celle de Georges Rouquier. Nous lisions dans le Canard Enchaîné du 2 mai, la remise en eau d'un vieux projet - abandonné une année après la sortie de Kashima en 1974 (période de crise) – d'un nouvel aéroport, appelé aéroport du Grand Ouest, en périphérie de Nantes (Jean-Marc Ayrault (futur habitant de Matignon?) en est un promoteur assidu). Les propriétaires et paysans expulsés au nom d'un élargissement de la ville en métropole, d'une perception de l'aire géographique et humaine comme lieu hautement concurentiel, vivent à Notre-Dame-des-Landes. Les régions sont en compétition, même et surtout en matière de productions cinématographiques. Les métropoles désormais s'y mettent. Jean-Luc Porquet, le journaliste du périodique, note cette citation du sociologue Jean-Pierre Garnier « La ville compétitive fonctionne sur le triptyque industries de pointe + centres de recherche et laboratoires + enseignement supérieur ». 2000 hectares, 193 propriétaires, 40 exploitants, et, 2 paysans, Marcel Thébault et Michel Tarin en grève de la faim depuis le 12 avril. Jean-Luc Porquet écrit encore : « Quiconque va faire un tour aujourd'hui près de Notre-Dame-des-Landes ne peut qu'être frappé par le paysage qu'on y découvre : des haies, des chemins creux, des petites routes à l'ancienne. On se retrouve hors du temps, comme si on était transporté à « Brigadoon »... ». Au nom du cinéma, de Brigadoon, votons pour les luttes enregistrées à Kashima – une actualité aussi chaude qu'une usine à gaz de schiste et un DVD à porter dans sa poche révolver.

 

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